Le syndrome lié au gène POGZ, également appelé syndrome de White-Sutton, fait partie des troubles neurodéveloppementaux rares mis en évidence grâce aux nouvelles techniques de séquençage. Pour vous, parent, clinicien ou professionnel de l’éducation, ce diagnostic peut d’abord ressembler à un sigle de plus, difficile à interpréter. Pourtant, comprendre ce syndrome change concrètement la manière d’accompagner un enfant ou un adulte concerné : meilleure surveillance médicale, parcours de soins structuré, interventions précoces ciblées, et accès à une communauté internationale très active. Alors que seules quelques centaines de personnes sont identifiées dans le monde, les connaissances progressent rapidement et redessinent les frontières entre autisme syndromique, déficience intellectuelle et maladies génétiques ultra-rares.

Définition du syndrome lié au gène POGZ et terminologie : syndrome White-Sutton, TSA syndromique et déficience intellectuelle

Le syndrome lié au gène POGZ est un trouble neurodéveloppemental rare, d’origine génétique, caractérisé par un retard global de développement, une déficience intellectuelle d’intensité variable et des troubles du comportement, souvent dans le spectre de l’autisme. Dans la littérature, il est fréquemment nommé syndrome de White-Sutton, du nom des premiers cliniciens qui l’ont décrit en 2014. On parle parfois de TSA syndromique lorsque l’autisme s’accompagne d’autres manifestations systématiques : dysmorphie faciale discrète, troubles moteurs, problèmes de vision, atteintes auditives ou difficultés gastro-intestinales.

Sur le plan épidémiologique, les premières descriptions faisaient état d’une cinquantaine de cas, puis d’environ 90 patients recensés. Les dernières données issues de programmes de recherche internationaux suggèrent désormais qu’au moins 162 personnes porteuses de variants pathogènes de POGZ ont été identifiées en consultation spécialisée, et certaines estimations avancent que ce syndrome pourrait représenter jusqu’à 1/700 cas de déficience intellectuelle avec ou sans autisme. Cette progression reflète surtout l’essor du séquençage d’exome et de génome, plus qu’une vraie augmentation d’incidence.

Le tableau clinique est hétérogène. Certaines personnes présentent un handicap intellectuel sévère, un langage très limité et des troubles comportementaux marqués. D’autres, au contraire, ont une intelligence limite ou normale, mais des difficultés d’apprentissage, une anxiété majeure, un TDAH ou un TSA léger. C’est précisément cette variabilité qui rend le syndrome difficile à reconnaître sans analyse génétique. Pour vous, clinicien, l’enjeu est de penser à un trouble neurodéveloppemental génétique lorsque coexistent retard de développement, signes autistiques, troubles digestifs ou sensoriels et antécédents familiaux compatibles avec une transmission autosomique dominante.

Rôle moléculaire du gène POGZ : structure de la protéine POGZ, chromatine et régulation de l’expression génique neuronale

Domaines fonctionnels de la protéine POGZ : zinc-fingers, HP1-binding domain et interaction avec la chromatine

Le gène POGZ (Pogo transposable element with zinc finger domain) code une protéine nucléaire de grande taille, riche en domaines fonctionnels. Parmi eux, plusieurs motifs de type zinc-finger permettent la liaison à l’ADN, tandis qu’un domaine d’interaction avec HP1 (HP1-binding domain) médie la connexion avec des protéines de la chromatine impliquées dans l’hétérochromatine et la répression transcriptionnelle. En termes simples, la protéine POGZ agit comme un « adaptateur » qui aide les cellules nerveuses à organiser le génome en 3D et à allumer ou éteindre des groupes de gènes essentiels au développement cérébral.

Les études fonctionnelles montrent que des variants tronquants de POGZ perturbent ces domaines clés, entraînant une liaison anormale à la chromatine et une dérégulation de nombreux gènes cibles. Pour vous, cela signifie que le syndrome POGZ n’est pas un simple « défaut d’un gène isolé », mais plutôt un trouble de la régulation globale du programme neurodéveloppemental.

POGZ et organisation 3D du génome neuronal : interactions avec le complexe CENP et régulation des topologically associating domains (TADs)

Au-delà de la simple liaison à l’ADN, POGZ interagit avec des complexes protéiques impliqués dans la structure des chromosomes, notamment des composants du complexe CENP et d’autres régulateurs de la chromatine. Ces interactions participent à l’organisation des topologically associating domains (TADs), zones 3D du génome au sein desquelles les gènes et leurs éléments régulateurs communiquent de manière préférentielle. Une image utile consiste à voir les TADs comme des « quartiers » dans une grande ville génomique, au sein desquels les gènes partagent des signaux communs.

Lorsque POGZ est altéré, ces quartiers génomiques peuvent être mal structurés, ce qui modifie l’équilibre entre activation et répression de groupes de gènes neuronaux. Des travaux récents sur des modèles cellulaires et animaux suggèrent que cette désorganisation touche de manière particulière les circuits excitateurs/inhibiteurs du cortex, une signature retrouvée dans de nombreux troubles du spectre de l’autisme. Pour un spécialiste des TSA, le gène POGZ s’inscrit donc dans le réseau plus large des gènes de la chromatine et de l’architecture nucléaire.

Impact des variants POGZ sur la neurogenèse, la migration neuronale et la synaptogenèse

Les conséquences cellulaires des variants de POGZ se manifestent dès la neurogenèse. Des expériences in vivo et in vitro indiquent que la perte de fonction de POGZ perturbe la prolifération des progéniteurs neuronaux, ralentit la différenciation et peut modifier la migration des neurones vers les couches corticales appropriées. Imaginez un chantier où le chef d’orchestre de la construction perd une partie de ses plans : les ouvriers (les neurones) arrivent encore sur le site, mais pas toujours au bon endroit, ni au bon moment.

Au niveau synaptique, des anomalies de densité et de morphologie des épines dendritiques ont été observées dans certains modèles animaux liés à POGZ, laissant supposer un impact sur la plasticité synaptique, l’apprentissage et la mémoire. Cette perturbation de la synaptogenèse pourrait contribuer aux troubles du langage, aux difficultés d’apprentissage et aux comportements autistiques fréquemment décrits chez les patients.

Voies de signalisation impliquées : POGZ, gènes cibles (par ex. AUTS2, CHD8) et réseaux de gènes TSA

Les analyses transcriptomiques montrent que la dérégulation de POGZ s’accompagne de modifications d’expression d’un grand nombre de gènes déjà associés aux TSA et à la déficience intellectuelle. Parmi eux, des gènes comme AUTS2 ou CHD8, eux-mêmes impliqués dans des syndromes d’autisme syndromique bien caractérisés. Ces données renforcent l’idée d’un réseau intégré de gènes TSA, dans lequel POGZ occupe une position nodale.

Pour vous, chercheur ou clinicien, cette vision en réseau a des implications pratiques : un enfant porteur d’un variant de POGZ partagera de nombreux traits cliniques avec d’autres syndromes de régulateurs de la chromatine, et les stratégies d’intervention éducative ou rééducative peuvent être inspirées de ce qui est déjà mis en place pour les syndromes CHD8, ADNP ou DYRK1A. Elle ouvre aussi la voie à des approches thérapeutiques ciblant des voies de signalisation communes plutôt qu’un gène unique.

Génétique du syndrome POGZ : mutations, modes de transmission et corrélations génotype-phénotype

Mutations de novo hétérozygotes : variants tronquants (nonsense, frameshift) et variants faux-sens

Le plus souvent, le syndrome lié à POGZ résulte d’un variant de novo, c’est-à-dire apparaissant pour la première fois chez l’enfant, sans être présent chez les parents. Ces variants sont hétérozygotes : une seule des deux copies du gène est altérée. Les variants les plus fréquemment identifiés sont des variants tronquants (nonsense, frameshift, splicing sévère) qui entraînent la production d’une protéine raccourcie, rapidement dégradée ou dépourvue de domaines fonctionnels essentiels.

Des variants faux-sens (changement d’un acide aminé) sont également décrits. Leur interprétation est plus complexe et s’appuie sur des critères ACMG stricts : localisation dans un domaine fonctionnel, absence dans les grandes bases de données populationnelles, prédiction in silico, ségrégation intrafamiliale. Pour vous, parent, l’important à retenir est qu’un variant de POGZ n’est pas automatiquement pathogène ; son impact doit être évalué par une équipe de génétique clinique expérimentée.

Haplo-insuffisance POGZ : perte de fonction, dosage génique et données de gnomAD/ClinVar

Les données issues de grandes bases de données telles que gnomAD montrent une forte intolérance du gène POGZ aux variants perte de fonction, avec un score de contrainte élevé. Autrement dit, dans la population générale indemne de troubles sévères du développement, les variants tronquants de POGZ sont extrêmement rares. Cette observation soutient le mécanisme d’haplo-insuffisance : une seule copie fonctionnelle du gène ne suffit pas à assurer un développement cérébral normal.

Dans ClinVar et d’autres bases cliniques, la majorité des variants tronquants de POGZ rapportés chez des patients atteints sont classés « pathogènes » ou « probablement pathogènes ». Pour le conseil génétique, cette haplo-insuffisance se traduit par un mode de transmission autosomique dominant : un parent porteur d’un variant pathogène a 50 % de risque de le transmettre à chaque grossesse, même si son propre phénotype est léger.

Corrélations génotype-phénotype : sévérité de la déficience intellectuelle, spectre autistique et anomalies morphologiques

Les études de corrélation génotype-phénotype, notamment celles publiées récemment sur des cohortes internationales, suggèrent quelques tendances, même si chaque individu reste unique. Les variants tronquants situés dans des exons centraux semblent globalement associés à une déficience intellectuelle plus marquée et à un retard de langage plus sévère. Certains variants faux-sens, notamment ceux affectant des domaines de liaison à la chromatine, peuvent conduire à un tableau clinique voisin, ce qui témoigne d’une convergence des mécanismes.

Rien ne permet toutefois, à ce jour, de prédire avec précision le quotient intellectuel ou la sévérité des troubles autistiques à partir du seul variant identifié. Pour vous, parent ou professionnel, l’accent doit donc rester sur le phénotype de l’enfant, ses points forts, ses fragilités et la mise en place précoce de prises en charge, plutôt que sur une hypothétique « prédiction moléculaire » de l’évolution.

Cas documentés dans la littérature : séries de white et al., sutton et al. et cohortes internationales

Les premières séries de cas publiées, comptant chacune quelques dizaines d’enfants, ont permis de définir le noyau clinique du syndrome : retard de développement présent dans 100 % des cas, retard de langage dans environ 100 %, troubles du comportement dans près de 60 %, TDAH dans environ 45 %, crises d’épilepsie dans 15 %, troubles du sommeil dans près de 30 %. Des anomalies cérébrales mineures à l’IRM sont rapportées chez environ deux tiers des patients.

À l’échelle internationale, des plateformes comme Simons Searchlight alimentent ces cohortes en recrutant de nouvelles familles, avec une mise à jour régulière des données cliniques et génétiques. Cette dynamique collaborative permet d’affiner progressivement le spectre phénotypique et de mieux caractériser les formes légères, souvent sous-diagnostiquées.

Tableau clinique du syndrome lié au gène POGZ : profil neurodéveloppemental et signes somatiques

Retard global de développement, langage expressif régressif et profil cognitif hétérogène

Sur le plan du développement, la majorité des enfants avec syndrome POGZ présentent un retard moteur (environ 80 %) avec acquisition tardive de la station assise et de la marche autonome. Le tonus musculaire est souvent diminué (hypotonie dans près de 77 % des cas), ce qui complique les premières acquisitions motrices et l’autonomie dans la vie quotidienne. Pour vous, kinésithérapeute ou psychomotricien, cette hypotonie constitue une cible d’intervention prioritaire.

Le langage est presque toujours touché : 100 % des enfants décrits ont un retard d’apparition des premiers mots et un langage expressif très en deçà du langage réceptif. Certains parents rapportent un plateau ou même une régression partielle du langage dans la petite enfance. Le profil cognitif est très variable, allant d’une déficience intellectuelle sévère à une intelligence limite avec des troubles spécifiques des apprentissages. Un bilan neuropsychologique détaillé (QI, fonctions exécutives, mémoire de travail, flexibilité cognitive) aide à construire un projet éducatif individualisé pertinent.

Autisme et troubles du comportement : stéréotypies, TDAH, troubles du sommeil et anxiété

De nombreux enfants et adultes avec mutation POGZ se situent dans le spectre de l’autisme : difficultés de communication sociale, intérêts restreints, stéréotypies, sensibilité sensorielle. Des troubles du comportement sont fréquents, avec agressivité, automutilation, crises de colère, repli sur soi ou comportements obsessionnels. Le TDAH est rapporté dans environ 45 % des cas, et les troubles d’attention peuvent bénéficier de traitements médicamenteux comme le méthylphénidate, sous surveillance spécialisée.

Les troubles du sommeil concernent près de 30 % des personnes : difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, parfois apnées du sommeil. L’anxiété est souvent sous-estimée, alors qu’elle influence fortement la qualité de vie : rituels, peurs intenses, intolérance au changement. Une prise en charge comportementale et, dans certains cas, psychopharmacologique, améliore significativement le quotidien de votre enfant et de toute la famille.

Dysmorphie faciale et anomalies somatiques : macrocéphalie relative, ptosis, anomalies dentaires, scoliose

La dysmorphie faciale du syndrome POGZ est généralement discrète, mais des traits récurrents sont décrits : front haut et large, microcéphalie ou macrocéphalie relative, hypoplasie de l’étage moyen de la face, bouche triangulaire avec commissures vers le bas, racine nasale large et pont nasal plat, oreilles basses, menton pointu, parfois ptosis. Ces éléments, isolément, ne suffisent pas à poser le diagnostic, mais ils contribuent à orienter vers un syndrome neurodéveloppemental génétique.

Sur le plan somatique, des anomalies musculo-squelettiques sont observées dans environ 30 % des cas : hyperlaxité, anomalies mineures des doigts et orteils, syndactylies, pieds bots, scoliose ou autres déformations de la colonne. Des problèmes de vision concernent plus de 60 % des patients (strabisme, erreurs de réfraction, dystrophie rétinienne, hypoplasie du nerf optique), et une perte auditive neurosensorielle est signalée dans près de 38 % des cas. Ces données justifient un suivi régulier en ophtalmologie et ORL.

Épilepsie, EEG anomalies et comorbidités neurologiques associées

Environ 15 % des personnes avec syndrome POGZ présentent des crises d’épilepsie. Les types de crises sont variés et parfois difficiles à repérer (absences atypiques, crises focales peu spectaculaires). Un EEG peut montrer des anomalies non spécifiques, et l’IRM cérébrale révèle dans près de deux tiers des cas des anomalies discrètes de structure (variantes de la gyration, anomalies de substance blanche, ventricules légèrement dilatés).

D’autres comorbidités neurologiques sont rapportées : troubles du tonus (hypotonie axiale, parfois spasticité), troubles de la coordination, tremblements, migraines et épisodes de vomissements cycliques (environ 21 % des cas, souvent s’atténuant avec l’âge). Pour vous, neuropédiatre, ces éléments imposent une surveillance régulière et une adaptation des traitements antiépileptiques et antalgiques à un terrain neurodéveloppemental particulier.

Diagnostic du syndrome POGZ : indications, examens génétiques et interprétation des variants

Bilan initial en neuropédiatrie et génétique clinique : phénotypage détaillé et arbres généalogiques

Le diagnostic commence par une évaluation clinique approfondie. En présence d’un retard global de développement, d’un TSA syndromique, d’une déficience intellectuelle inexpliquée ou d’une combinaison de troubles moteurs, sensoriels et comportementaux, un bilan en neuropédiatrie et en génétique clinique est indiqué. Le phénotypage détaillé inclut examen neurologique complet, mesures aux courbes de croissance, analyse de la dysmorphie faciale, évaluation motrice fine et recensement des comorbidités (digestives, cardiaques, rénales, sensorielles).

L’arbre généalogique sur au moins trois générations aide à repérer d’éventuels signes chez des apparentés : difficultés scolaires, troubles psychiatriques inexpliqués, déficience intellectuelle légère. Même lorsque tout paraît « négatif », un variant de novo de POGZ reste possible. Pour vous, généraliste ou pédiatre, adresser tôt à une consultation de génétique évite des années d’errance et ouvre l’accès aux ressources spécifiques dédiées aux maladies rares.

Techniques de séquençage : panel de gènes neurodéveloppementaux, exome (WES) et génome (WGS)

Sur le plan moléculaire, le gène POGZ peut être analysé via plusieurs approches. Les panels de gènes ciblés « déficience intellectuelle/TSA » ou « troubles neurodéveloppementaux » incluent souvent POGZ parmi des dizaines ou centaines d’autres gènes. Cette approche est efficace lorsque le phénotype évoque globalement un trouble du développement sans orientation précise.

Le séquençage d’exome (WES) ou de génome (WGS) est de plus en plus utilisé d’emblée, notamment dans les centres de référence. Ces techniques offrent une vision globale du génome codant (pour le WES) ou complet (pour le WGS) et permettent l’identification de variants de novo dans des gènes récemment décrits, comme POGZ. L’interprétation nécessite toutefois une expertise bio-informatique et clinique, avec réévaluation régulière des données au fil des nouvelles publications.

Classification des variants POGZ selon les critères ACMG et utilisation des bases ClinVar, DECIPHER

Une fois un variant identifié dans POGZ, sa classification suit les critères ACMG : pathogène, probablement pathogène, variant de signification incertaine (VUS), probablement bénin ou bénin. Sont pris en compte : le type de variant (tronquant, faux-sens, splicing), sa fréquence dans la population, les prédictions in silico, les données fonctionnelles disponibles et la ségrégation familiale.

Des bases comme ClinVar ou DECIPHER recensent les variants déjà rapportés et leurs phénotypes associés, offrant un outil précieux pour affiner l’interprétation. Pour vous, parent, un VUS dans POGZ signifie que les connaissances actuelles ne permettent pas encore de conclure ; la participation à des programmes de recherche peut alors contribuer à faire évoluer ce classement.

Diagnostic différentiel : syndromes CHD8, ADNP, DYRK1A et autres TSA syndromiques

Le diagnostic différentiel inclut plusieurs autres syndromes d’autisme syndromique liés à des gènes de la chromatine ou de la régulation transcriptionnelle : CHD8, ADNP, DYRK1A, WAC, SHANK3, etc. Ces syndromes partagent un tronc commun : retard de développement, TSA, dysmorphie faciale discrète, troubles digestifs, parfois anomalies de croissance ou épilepsie.

L’avantage d’un diagnostic moléculaire précis, au-delà de la dimension explicative, réside dans l’accès à des ressources spécifiques (associations de patients, registres, études cliniques) et à des données de pronostic plus fiables. Identifier un syndrome POGZ plutôt qu’un autre TSA syndromique permettra par exemple de surveiller davantage les problèmes gastro-intestinaux, la vision ou les vomissements cycliques, particulièrement fréquents dans ce contexte.

Prise en charge pluridisciplinaire des patients avec mutation POGZ : suivi médical et interventions précoces

La prise en charge du syndrome POGZ repose aujourd’hui sur une approche pluridisciplinaire, centrée sur les besoins concrets de la personne plutôt que sur le gène lui-même. Il n’existe pas de traitement curatif ni de médicament spécifiquement ciblé sur POGZ, mais une combinaison de thérapies peut profondément modifier le parcours de vie. Plus ces interventions débutent tôt, plus les gains en autonomie, en communication et en qualité de vie sont importants. Pour vous, coordonner ces soins signifie souvent travailler avec un pédiatre du développement, un neuropédiatre, un généticien, mais aussi des rééducateurs, des enseignants spécialisés et des services sociaux.

Sur le plan paramédical, plusieurs axes sont incontournables : kinésithérapie et psychomotricité pour l’hypotonie et les retards moteurs ; orthophonie pour le langage oral, la communication alternative et les troubles de l’oralité alimentaire ; ergothérapie pour les gestes du quotidien, l’écriture, l’adaptation de l’environnement et des outils scolaires. Une thérapie comportementale (type ABA, TEACCH, ESDM ou approches intégratives) aide à structurer le comportement, réduire l’agressivité et les automutilations, et développer les compétences sociales.

  • Mettre en place précocement un projet personnalisé de scolarisation incluant des adaptations pour la déficience intellectuelle et les TSA.
  • Organiser un suivi régulier ORL, ophtalmologique et gastro-entérologique pour dépister et traiter les comorbidités fréquentes.
  • Prévoir un accompagnement psychologique ou psychiatrique pour les troubles anxieux, le TDAH ou les troubles du sommeil.
  • Impliquer les parents dans des programmes d’éducation thérapeutique afin que vous puissiez utiliser au quotidien les stratégies apprises.

Sur le plan médicamenteux, le méthylphénidate peut être proposé en cas de TDAH significatif, en tenant compte des comorbidités cardiaques ou épileptiques éventuelles. Des traitements antiépileptiques adaptés, une mélatonine pour les troubles du sommeil, ou des traitements anxiolytiques/antidépresseurs dans certains cas, font partie de l’arsenal thérapeutique. Votre rôle, en tant que soignant, consiste à équilibrer bénéfices et effets secondaires, en dialoguant étroitement avec la famille.

Pronostic, qualité de vie et accompagnement des familles concernées par le syndrome POGZ

À ce jour, aucune donnée ne suggère une diminution majeure de l’espérance de vie chez les personnes atteintes du syndrome POGZ, en l’absence de comorbidités sévères. Le pronostic est surtout fonctionnel : niveau d’autonomie, possibilité d’une vie en milieu ordinaire ou besoin de structures spécialisées, capacité à communiquer, à se déplacer, à gérer les activités de la vie quotidienne. Certaines personnes vivent de manière quasi autonome à l’âge adulte, d’autres nécessitent un accompagnement important.

Les facteurs qui influencent fortement l’évolution sont : la sévérité initiale des troubles neurocognitifs, la précocité du diagnostic, la qualité et l’intensité des prises en charge, et le soutien offert à la famille. D’un point de vue pratique, bénéficier d’un diagnostic génétique ouvre l’accès à des dispositifs sociaux et éducatifs mieux adaptés, à des associations de patients, et à des programmes de recherche clinique. Cela permet aussi, pour vous parent, de mieux planifier l’avenir : choix d’orientation scolaire, préparation à l’âge adulte, démarches de reconnaissance de handicap.

L’impact psychologique sur la fratrie et les proches ne doit pas être sous-estimé. Groupes de parole, consultations de soutien, réseaux associatifs spécialisés apportent un espace d’échange et de ressources concrètes. Pour la famille, disposer d’un nom – syndrome POGZ ou syndrome de White-Sutton – et comprendre qu’il s’agit d’une variation génétique survenue au hasard, sans responsabilité parentale, aide souvent à sortir du sentiment de culpabilité et à se concentrer sur les solutions.

Recherche et perspectives thérapeutiques : modèles animaux POGZ, organoïdes cérébraux et thérapies géniques en développement

La recherche sur le syndrome lié au gène POGZ est en pleine expansion. Des modèles animaux, notamment des souris hétérozygotes pour un variant perte de fonction, reproduisent certains aspects du phénotype humain : déficits d’apprentissage, comportements de type autistique, anomalies synaptiques. Ces modèles servent de plate-forme pour tester des approches pharmacologiques ciblant des voies de signalisation altérées, par exemple des modulateurs de la plasticité synaptique ou des régulateurs épigénétiques.

En parallèle, le développement d’organoïdes cérébraux dérivés de cellules souches de patients POGZ permet de recréer, dans un environnement contrôlé, des étapes clés de la neurogenèse humaine. Observer en temps réel la prolifération des progéniteurs, la migration neuronale et la formation de synapses dans ces mini-cerveaux fournit des indices précieux sur les mécanismes pathogéniques. Cette technologie ouvre aussi la voie au criblage de molécules capables de corriger partiellement les défauts observés.

Les approches de réparation génique ou de modulation du dosage génétique de POGZ restent expérimentales, mais les progrès rapides des vecteurs viraux et de l’édition génomique transforment progressivement les perspectives pour les troubles neurodéveloppementaux monogéniques.

Les thérapies géniques visant une augmentation de l’expression de l’allèle sain, ou la correction précise d’un variant pathogène, nécessitent une compréhension fine de la fenêtre temporelle critique du développement cérébral et une évaluation rigoureuse de la balance bénéfices/risques. Pour vous, parent ou adulte concerné, l’enjeu est de pouvoir accéder, lorsque cela sera possible, à des essais cliniques fondés sur des données solides, tout en continuant de miser sur les interventions éducatives et rééducatives, aujourd’hui déjà disponibles et efficaces.

La participation des familles à des registres internationaux et à des projets de recherche clinique, que ce soit via des plateformes dédiées ou des centres de référence, constitue un levier puissant pour faire progresser les connaissances. Chaque jeu de données cliniques et génétiques partagé contribue à mieux définir le spectre du syndrome POGZ, à identifier des biomarqueurs pronostiques et, à terme, à concevoir des stratégies thérapeutiques de plus en plus personnalisées pour vous et pour les générations futures.