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Perdre la vision d’un œil, ou vivre avec une vision monoculaire depuis l’enfance, bouleverse la manière de se déplacer, de travailler, de conduire, de se repérer dans l’espace. Beaucoup de personnes concernées découvrent seulement après coup l’ampleur de la fatigue visuelle, des maux de tête, de l’hypersensibilité à la lumière ou des difficultés de concentration. Pourtant, la perte d’un œil reste parfois mal comprise, y compris par certains professionnels, et la reconnaissance officielle du handicap visuel peut devenir un véritable parcours administratif. Comprendre comment la loi, la médecine et les organismes sociaux évaluent cette déficience visuelle vous permet de mieux défendre vos droits, d’anticiper vos démarches et d’adapter votre projet de vie et votre parcours professionnel.

Déficience visuelle monoculaire : définition médicale de la perte d’un œil et distinctions légales

Perte anatomique de l’œil vs cécité fonctionnelle : critères de l’OMS et de la HAS

Sur le plan médical, la « perte d’un œil » recouvre deux réalités : la perte anatomique (œil enlevé, par énucléation ou éviscération) et la cécité fonctionnelle d’un œil (œil présent mais qui ne voit plus, parfois réduit à la simple perception lumineuse). Du point de vue du quotidien, vous vivez alors une véritable vision monoculaire, quelles qu’en soient les causes (traumatisme, uvéite, microphtalmie, glaucome, DMLA…).

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la cécité en croisant deux données : l’acuité visuelle corrigée de l’œil le meilleur et le champ visuel. En France, les textes s’alignent encore surtout sur l’acuité : une acuité inférieure à 1/20e à l’œil qui voit le mieux correspond à une cécité légale. Entre 1/20e et 3/10e, on parle plutôt de malvoyance sévère à moyenne. Cette vision « centrée sur l’acuité » explique pourquoi certaines personnes, pourtant très gênées par un champ visuel extrêmement rétréci, peinent à accéder au forfait cécité de la PCH.

Acuïté visuelle, champ visuel et vision monoculaire : notions clés en ophtalmologie

Pour comprendre la reconnaissance du handicap visuel unilatéral, trois notions sont essentielles. L’acuité visuelle mesure la finesse de la vision, généralement sur des échelles comme 10/10, 1/10, etc. Le champ visuel correspond à l’étendue de ce que vous voyez sans bouger les yeux, un peu comme l’angle de vue d’un appareil photo. Enfin, la vision binoculaire permet la stéréoscopie, c’est-à-dire la perception du relief grâce aux deux yeux.

Avec une vision monoculaire, l’œil restant assure toute l’acuité centrale, mais il manque une partie du champ visuel, surtout du côté de l’œil perdu. Le cerveau peut apprendre à compenser partiellement par des mouvements de tête plus fréquents, mais cette adaptation se paie souvent en fatigue et en lenteur. C’est l’une des raisons pour lesquelles, même si l’acuité de l’œil sain reste à 10/10, la perte d’un œil entraîne un handicap visuel réel, notamment dans les environnements complexes (circulation, atelier, lieux inconnus).

Handicap visuel unilatéral vs handicap visuel bilatéral : impact sur la reconnaissance administrative

La sévérité administrative du handicap dépend fortement du caractère unilatéral ou bilatéral de la déficience. En cas de cécité bilatérale ou de malvoyance sévère affectant les deux yeux, les taux de handicap sont très élevés, ouvrant clairement droit à l’AAH, à la carte mobilité inclusion invalidité et à la PCH. La perte d’un seul œil est reconnue comme un handicap léger à modéré dans de nombreux barèmes, mais le retentissement peut être important sur certains métiers ou dans les activités quotidiennes.

Cette distinction explique que vous puissiez avoir un taux d’incapacité global inférieur à 50 % avec une vision monoculaire isolée, alors qu’un cumul avec d’autres troubles (douleurs chroniques, pathologie de l’œil restant, troubles de l’équilibre…) peut faire augmenter le taux. Sur le plan professionnel, certaines professions à risques (chauffeurs poids lourds, pilotes, métiers de la sécurité, travaux en hauteur) sont beaucoup plus impactées qu’un poste de bureau sédentaire, ce que la MDPH et les médecins du travail ont vocation à analyser précisément.

Terminologie officielle en france : déficience visuelle, invalidité, incapacité permanente partielle (IPP)

Les termes utilisés par les administrations ne recouvrent pas toujours la même réalité. La déficience visuelle renvoie à la limitation fonctionnelle (voir moins bien, champ réduit, absence de vision binoculaire). Le mot handicap désigne les conséquences de cette déficience sur la participation à la vie sociale, professionnelle, scolaire. Le taux d’incapacité MDPH sert de base pour les aides comme l’AAH ou la carte mobilité inclusion.

À côté de cela, l’invalidité de la Sécurité sociale concerne votre capacité à travailler de manière durable, évaluée en pourcentage de perte de gains. Enfin, l’incapacité permanente partielle (IPP) est un pourcentage attribué en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, et détermine capital ou rente AT/MP. Même si ces notions se recoupent, chacune obéit à ses propres règles, ce qui complexifie la compréhension des droits en cas de perte d’un œil.

Barèmes et taux d’incapacité : comment la perte d’un œil est évaluée par la MDPH et la sécurité sociale

Barème indicatif d’invalidité (annexe 2-4 du code de l’action sociale et des familles) : repères pour la perte d’un œil

Le barème indicatif d’invalidité, annexé au Code de l’action sociale et des familles, sert de grille de référence aux MDPH pour fixer un taux d’incapacité. Pour la vision, ce barème prend principalement en compte l’acuité visuelle binoculaire et le champ visuel global. La vision monoculaire, correspondant à une acuité nulle d’un côté et normale de l’autre, est généralement considérée comme un handicap visuel léger, souvent situé autour de 20 à 30 % dans les repères techniques.

Ce barème reste toutefois indicatif : la gêne fonctionnelle réelle, notamment pour la locomotion, les déplacements extérieurs, la lecture prolongée ou l’exposition à la lumière, doit être expliquée dans le dossier. La Fédération des aveugles et amblyopes de France rappelle, dans ses guides récents, l’importance de décrire finement les répercussions quotidiennes de la vision monoculaire pour une évaluation plus juste.

Taux d’incapacité permanente partielle (IPP) en cas d’énucléation ou d’éviscération : référentiels CPAM

En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle ayant conduit à l’énucléation, l’IPP est calculée sur la base d’un barème AT/MP propre à la Sécurité sociale. La perte anatomique d’un globe oculaire fonctionnel se situe souvent entre 25 et 35 % d’IPP selon les référentiels, parfois plus si une atteinte esthétique majeure ou des complications (douleurs, névralgies, photophobie intense) s’y ajoutent.

Ce pourcentage reste modulé par l’âge, la profession exercée et les conséquences sur la capacité de travail. Une personne jeune, amenée à travailler plusieurs décennies avec la perte d’un œil, peut se voir reconnaître un taux d’IPP plus élevé qu’une personne plus âgée ayant une activité moins exposée. L’IPP ne doit pas être confondue avec le taux d’incapacité MDPH : les deux évaluations coexistent et peuvent conduire à des décisions différentes.

Différence entre taux d’incapacité MDPH (AAH, carte mobilité inclusion) et taux d’invalidité CPAM (pensions)

Le taux MDPH, exprimé en pourcentage de 0 à 100 %, ouvre droit à des prestations comme l’AAH (à partir de 80 %, ou entre 50 et 79 % avec restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi), la carte mobilité inclusion (CMI invalidité dès 80 %) ou la PCH. Ce taux vise la restriction globale d’autonomie, pas seulement la perte de revenus. En vision monoculaire isolée sans autre pathologie, il reste fréquent d’obtenir un taux inférieur à 50 %, ce qui limite les ouvertures de droits.

De son côté, la pension d’invalidité de la CPAM repose sur une perte de capacité de travail d’au moins 2/3. La perte d’un œil, si elle compromet l’exercice du métier habituel (par exemple conducteur poids lourds) mais permet encore d’autres emplois, peut conduire à une invalidité de 1re ou 2e catégorie selon la situation. L’appréciation est très individualisée : les certificats médicaux doivent mettre en avant la notion de fatigabilité, de lenteur, de difficultés dans les métiers de précision ou de sécurité.

Cas particuliers : perte d’un œil survenant chez l’enfant, l’adolescent ou le travailleur en métier à risques

Chez l’enfant, la microphtalmie unilatérale, l’anophtalmie ou la perte traumatique d’un œil entraînent un risque d’amblyopie et de déséquilibre postural. Les données barémiques évoquent souvent un handicap visuel autour de 25 % pour une vision monoculaire, mais la MDPH doit aussi tenir compte du risque de retard de développement, des troubles du schéma corporel et des répercussions scolaires. Un projet personnalisé de scolarisation, des séances d’orthoptie et parfois d’ergothérapie peuvent être mis en place très tôt.

Pour un adolescent ou un adulte exerçant un métier à risques (conducteur, ouvrier sur chantier, travailleur en hauteur, forces de l’ordre, métiers agricoles avec engins), la perte d’un œil peut rendre impossible le maintien au poste. Dans ces cas, le handicap visuel unilatéral aura un retentissement professionnel majeur, justifiant une reconversion professionnelle accompagnée, voire la reconnaissance d’une invalidité ou d’une inaptitude, en plus d’une RQTH.

Démarches de reconnaissance du handicap après la perte d’un œil auprès de la MDPH

Dossier MDPH (formulaire cerfa n°15692*01) : pièces médicales ophtalmologiques et justificatifs à fournir

La première étape pour faire reconnaître la déficience visuelle monoculaire consiste à déposer un dossier complet auprès de la MDPH de votre département, via le formulaire Cerfa n°15692*01. Ce formulaire permet de demander simultanément plusieurs droits : AAH, PCH, RQTH, carte mobilité inclusion, orientation professionnelle ou scolaire, etc. La qualité du dossier influe fortement sur la décision, surtout pour un handicap visuel unilatéral, souvent jugé « limite » par les barèmes.

Le dossier doit comporter un certificat médical de moins de 6 mois, idéalement rempli par l’ophtalmologiste en lien avec le médecin traitant, des comptes rendus d’explorations visuelles (acuité, champ visuel, photos du fond d’œil si utile), et des justificatifs de situation (contrats de travail, attestations de l’employeur, comptes rendus d’orthoptie ou d’ergothérapie). Plus vous décrivez concrètement les difficultés quotidiennes (déplacements, lecture, tâches domestiques), plus l’équipe pluridisciplinaire pourra apprécier la réalité du handicap.

Rôle du certificat médical type MDPH et du rapport de l’ophtalmologue (acuité, champ visuel, vision restante)

Le certificat médical MDPH est un document central. L’ophtalmologiste doit y préciser l’acuité de chaque œil avec correction, le champ visuel (idéalement avec un examen type Humphrey ou Goldman), l’origine de la perte (traumatique, uvéite de Fuchs, microphtalmie, glaucome…), la stabilité ou non de la situation et les traitements en cours. Mentionner que l’œil atteint ne perçoit plus que la lumière ou les silhouettes permet de caractériser une quasi-cécité unilatérale.

Ce certificat doit aussi détailler les symptômes associés : photophobie, douleurs orbitaire, maux de tête, vertiges, fatigue majeure en fin de journée. Ces éléments, souvent sous-estimés, pèsent fortement dans l’évaluation de la gêne fonctionnelle. Pour un enfant, un rapport complémentaire d’un service spécialisé en déficience visuelle (CAMSP, SSEFIS, centre basse vision) peut apporter un éclairage précieux sur le développement psychomoteur et les besoins de compensation.

Étude par l’équipe pluridisciplinaire MDPH et décision de la CDAPH : délais moyens et voies de recours

Une fois le dossier déposé, il est analysé par une équipe pluridisciplinaire (médecins, travailleurs sociaux, psychologues, spécialistes de l’insertion). Cette équipe propose un taux d’incapacité et des mesures de compensation, qui seront ensuite validés ou modifiés par la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées). Les délais de traitement varient beaucoup selon les départements, généralement entre 4 et 10 mois.

En cas de refus ou de taux jugé insuffisant, un recours est possible : d’abord un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) auprès de la MDPH, puis, si besoin, une saisine du pôle social du tribunal judiciaire. Pour préparer ce recours, il est souvent utile de se faire accompagner par une association de déficients visuels ou par un service social spécialisé, afin d’argumenter plus précisément sur les retentissements de la vision monoculaire.

Attribution de l’AAH, de la carte mobilité inclusion (CMI invalidité, priorité, stationnement) et mentions éventuelles

L’AAH peut être attribuée si le taux d’incapacité est au moins de 80 %, ou compris entre 50 et 79 % avec une restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi. En cas de perte d’un œil isolée, il est rare d’atteindre 80 %, mais pas impossible lorsque d’autres troubles sont associés ou que l’œil restant est lui-même fragilisé. La vision monoculaire peut cependant contribuer à une restriction d’accès à l’emploi, ce qui justifie parfois l’AAH dans la seconde catégorie.

La carte mobilité inclusion se décline en trois mentions : invalidité, priorité et stationnement. La mention invalidité est liée au taux d’au moins 80 %. La CMI priorité peut être obtenue à partir de 50 % de handicap ou en cas de difficultés importantes pour rester debout. En cas de déficience visuelle unilatérale avec difficultés de déplacement, une CMI priorité ou stationnement peut être très utile pour faciliter l’accès aux transports, aux commerces et aux lieux publics, notamment la nuit ou dans des environnements très contrastés.

Reconnaissance en milieu professionnel : RQTH, inaptitude partielle et aménagements de poste

Obtention de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) pour les personnes à vision monoculaire

La RQTH est l’outil clé pour sécuriser votre parcours professionnel après la perte d’un œil. Elle est demandée via le même formulaire MDPH et peut être obtenue même avec un taux d’incapacité inférieur à 50 %, dès lors que la déficience visuelle a un impact sur le travail. Pour un salarié avec vision monoculaire, la RQTH facilite les aménagements de poste, l’accès aux dispositifs d’insertion (Cap emploi, Agefiph) et protège en partie en cas de licenciement pour inaptitude.

Concrètement, la RQTH permet d’ouvrir la porte à des aides techniques (logiciels d’agrandissement, éclairage adapté, double écran, équipements de protection renforcés), à des formations de reconversion et à des contrats aidés. La reconnaissance ne signale pas une incapacité à travailler, mais au contraire un besoin d’adaptation raisonnable pour compenser la vision monoculaire.

Rôle du médecin du travail, de l’ergonome et du référent handicap dans l’évaluation de l’aptitude

Le médecin du travail est un interlocuteur central après la perte d’un œil. Il évalue l’aptitude au poste occupé, en tenant compte des exigences visuelles (conduite, port de charges, travail sur écran prolongé, travail en hauteur, surveillance de machines). Dans les structures importantes, un ergonome et un référent handicap peuvent intervenir pour analyser concrètement les gestes professionnels et proposer des aménagements de poste.

En pratique, une inaptitude partielle à certaines tâches (conduite de nuit, travail sur nacelle, manutention en hauteur) est fréquente après la perte d’un œil, sans entraîner nécessairement une inaptitude totale. Les réunions tripartites entre employeur, salarié et services de santé au travail sont souvent le meilleur cadre pour trouver des solutions équilibrées, préservant la santé du salarié et la sécurité de l’entreprise.

Aménagements de poste spécifiques à la perte d’un œil : éclairage, contrastes, double écran, EPI, sécurité

Les aménagements de poste adaptés à une vision monoculaire dépendent du métier, mais certains principes reviennent régulièrement. Un éclairage homogène, non éblouissant, évite les contrastes brutaux entre zones lumineuses et zones sombres, très fatigants pour l’œil restant. Des contrastes renforcés sur les bords de marches, les poignées ou les obstacles mobiles améliorent la sécurité des déplacements dans l’entreprise.

Sur un poste informatique, un double écran permet parfois de diminuer les mouvements de tête et de limiter la fatigue, à condition que la taille des caractères soit adaptée. Dans les ateliers ou chantiers, des EPI (équipements de protection individuelle) renforcés pour l’œil restant sont essentiels : lunettes de protection enveloppantes, visières, casques avec visière intégrée. La mise en place de cheminements sécurisés et d’une organisation du travail réduisant l’exposition aux situations à risque constitue un investissement rentable pour l’employeur comme pour le salarié.

Reconversion professionnelle, CPF de transition et exemples de métiers accessibles avec vision monoculaire

Lorsque la perte d’un œil rend impossible le maintien sur un métier initialement très visuel ou dangereux, une reconversion professionnelle s’impose. Le CPF de transition (projet de transition professionnelle) et les dispositifs de reconversion financés par l’Agefiph ou par les organismes de branche peuvent financer des formations qualifiantes. La vision monoculaire n’interdit pas la majorité des métiers de bureau, ni de nombreux métiers du secteur tertiaire et des services.

Des exemples concrets de métiers compatibles comprennent : assistant administratif, spécialiste du numérique, développeur web, comptable, métiers de l’accueil, professions du conseil, formateur, télétravail sur de nombreuses fonctions support. Même dans l’industrie, certains postes de contrôle qualité ou de gestion de production restent accessibles avec des aides visuelles. La clé consiste à combiner aménagements raisonnables, accompagnement par Cap emploi et projet de formation réaliste par rapport aux capacités visuelles restantes.

Accidents du travail, maladies professionnelles et indemnisation en cas de perte d’un œil

Déclaration d’accident du travail (AT) ou de trajet : procédure, délais et rôle de l’employeur

Lorsqu’un accident entraîne la perte d’un œil sur le lieu de travail ou sur le trajet domicile-travail, la première étape consiste à déclarer l’accident du travail ou de trajet. L’employeur doit transmettre la déclaration à la CPAM dans les 48 heures suivant l’information de l’accident. De votre côté, un certificat médical initial doit être établi, mentionnant clairement la lésion de l’œil, son évolution prévisible et, plus tard, l’éventuelle énucléation.

Cette qualification d’AT ou de trajet conditionne la prise en charge à 100 % des soins en rapport avec l’accident, le versement d’indemnités journalières spécifiques, puis l’évaluation de l’IPP à la consolidation. En cas de refus de reconnaissance de l’AT, un recours auprès de la CPAM puis du pôle social du tribunal reste possible, surtout quand les circonstances ou la chronologie de l’accident sont mal comprises.

Évaluation de l’IPP par le médecin-conseil de la CPAM et barème indicatif AT/MP

À la date de consolidation, le médecin-conseil évalue le taux d’IPP en s’appuyant sur un barème indicatif AT/MP. Pour la perte totale d’un œil, le barème prévoit un taux plancher qui peut être augmenté en fonction de l’impact esthétique, des douleurs séquellaires, des troubles psychiques post-traumatiques ou des conséquences professionnelles. L’œil restant et son pronostic jouent également un rôle : si celui-ci présente déjà une pathologie (DMLA débutante, glaucome, rétinopathie diabétique), l’IPP peut être majorée.

La notification du taux donne lieu à une indemnisation sous forme de capital en dessous de 10 % d’IPP, ou de rente AT/MP à partir de 10 %. Une contestation est possible via une expertise médicale amiable ou une saisine du pôle social du tribunal. Une argumentation précise sur les difficultés professionnelles et le risque pour l’œil restant renforce souvent la demande de réévaluation.

Indemnités en capital, rente AT/MP et articulation avec les pensions d’invalidité de la sécurité sociale

En cas de taux d’IPP inférieur à 10 %, la CPAM verse un capital unique, dont le montant dépend du pourcentage reconnu. Au-delà, la rente AT/MP indemnise la perte de capacité de gain, avec un calcul prenant en compte le salaire de référence. Cette rente est cumulable, sous certaines limites, avec une pension d’invalidité de droit commun ou une AAH, mais des règles de plafonds s’appliquent pour éviter les surindemnisations.

Une vision monoculaire peut donc donner lieu à un cumul complexe d’indemnités : capital ou rente AT/MP, pension d’invalidité de 1re ou 2e catégorie, éventuelle AAH différentielle, compléments de prévoyance d’entreprise. L’accompagnement par un service social ou une association spécialisée permet souvent de clarifier ces montages et de vérifier que tous les droits sont bien activés.

Responsabilité civile, faute inexcusable de l’employeur et recours devant le pôle social du tribunal judiciaire

Lorsque la perte d’un œil résulte d’un manquement grave à la sécurité (absence d’EPI, machine non conforme, procédure de sécurité ignorée), une faute inexcusable de l’employeur peut être reconnue. Cette reconnaissance entraîne une majoration de la rente AT/MP et une indemnisation complémentaire de certains préjudices : souffrances endurées, déficit fonctionnel, préjudice esthétique ou d’agrément.

La procédure se déroule devant le pôle social du tribunal judiciaire, généralement après un échec de conciliation avec la CPAM. L’assistance d’un avocat ou d’une association spécialisée en droit des victimes de l’amiante et des AT/MP peut s’avérer décisive, en particulier pour chiffrer le préjudice lié à la vision monoculaire sur une carrière entière.

Conséquences fonctionnelles de la perte d’un œil et réadaptation visuelle

Atteinte de la vision binoculaire, de la stéréoscopie et du champ visuel : impact sur la vie quotidienne

Perdre un œil, c’est perdre la vision binoculaire et la stéréoscopie. Concrètement, la perception du relief devient moins précise, surtout à courte distance. Attraper un verre sans le renverser, verser de l’eau, enfiler une aiguille ou estimer une marche deviennent des gestes plus coûteux cognitivement. Le cerveau compense en se fiant davantage à la taille apparente des objets, à la perspective, aux ombres, un peu comme lorsque vous regardez le monde à travers un seul objectif photo.

Le champ visuel global se rétrécit du côté de l’œil manquant, ce qui expose davantage aux chocs contre les obstacles latéraux, aux difficultés de repérage des véhicules venant de ce côté, ou aux collisions dans les lieux très fréquentés. Cette contrainte explique les maux de tête fréquents et la fatigue oculaire en fin de journée. Les études montrent que près de 25 % des personnes en vision monoculaire rapportent une gêne importante dans les déplacements non familiers, notamment la nuit.

Rééducation basse vision et réadaptation fonctionnelle : orthoptie, ergothérapie et centres spécialisés

La rééducation basse vision ne concerne pas uniquement la cécité bilatérale. En vision monoculaire, des séances d’orthoptie peuvent améliorer la coordination œil-main, optimiser les mouvements de tête et réduire certains troubles comme le nystagmus ou les positions anormales de la tête. L’ergothérapeute, de son côté, aide à adapter le logement, organiser l’espace de travail et mettre en place des stratégies de compensation.

Des centres spécialisés en déficience visuelle proposent des programmes globaux, associant locomotion, apprentissage de techniques de repérage, essais d’aides optiques ou électroniques (loupes, éclairages, filtres). L’expérience montre que les personnes qui bénéficient d’un accompagnement précoce après la perte d’un œil retrouvent plus vite une autonomie satisfaisante et limitent l’impact psychologique de la déficience visuelle.

Conduite automobile avec un seul œil : réglementation du permis de conduire (arrêtés du 18 décembre 2015 et suivants)

La réglementation française sur la conduite automobile avec un seul œil est relativement précise. Pour la catégorie B, l’arrêté du 18 décembre 2015 fixe des exigences minimales : l’acuité visuelle de l’œil fonctionnel doit atteindre au moins 5/10, éventuellement avec correction, et le champ visuel binoculaire doit rester suffisant. En pratique, lorsque la perte d’un œil est ancienne et bien compensée, la conduite peut être autorisée, parfois après un délai d’adaptation et un avis d’un médecin agréé.

Pour les permis professionnels (poids lourds, transports en commun), les exigences sont plus strictes et la vision monoculaire est souvent incompatible avec le maintien du permis dans ces catégories. Un réaménagement professionnel devient alors indispensable. Sur le plan pratique, la conduite automobile avec un seul œil suppose une prudence accrue : tourner davantage la tête, éviter la conduite nocturne prolongée, respecter des distances de sécurité plus importantes et limiter les trajets dans des environnements inconnus ou très denses en circulation.

Prothèse oculaire, chirurgie orbito-palpébrale et suivi en centre spécialisé (ex. hôpital des Quinze-Vingts, CHU)

Après une énucléation ou une éviscération, la mise en place d’une prothèse oculaire améliore la symétrie du regard et peut faciliter la reconstruction de l’image corporelle. Cette prothèse ne redonne pas la vue, mais son impact psychologique et social est important : elle permet de limiter le regard des autres sur la perte anatomique et de restaurer une certaine confiance en soi. Un suivi régulier chez l’oculariste est nécessaire pour adapter la prothèse à la croissance (chez l’enfant) ou à l’évolution des tissus.

La chirurgie orbito-palpébrale, souvent réalisée dans des centres de référence comme certains CHU ou des hôpitaux spécialisés en ophtalmologie, vise à améliorer l’esthétique et le confort (fermeture palpébrale, douleurs, port prolongé de la prothèse). Des bilans réguliers de l’œil restant, dans des structures expertes comme l’Hôpital des Quinze-Vingts ou les services basse vision hospitaliers, permettent de surveiller la santé du seul œil fonctionnel, de dépister précocement des pathologies comme la DMLA ou le glaucome, et d’adapter les aides techniques au fil du temps.