Une bouche qui colle, une langue qui brûle, la sensation d’avoir « du carton » dans la bouche la nuit… Le manque de salive, ou xérostomie, paraît banal, mais il s’agit d’un véritable problème médical pour environ une personne sur quatre, avec un impact direct sur les caries, la mauvaise haleine et même la qualité de vie quotidienne. La salive n’est pas qu’un simple liquide : c’est un bouclier protecteur, un lubrifiant et un début de système digestif. Quand ce système se dérègle, il devient essentiel de comprendre si vous souffrez d’une simple sécheresse passagère ou d’un manque réel de salive lié à une maladie ou à un traitement.

Pour de nombreuses personnes, la bouche sèche est le premier signe visible d’une affection générale comme un diabète mal équilibré, un traitement médicamenteux inadapté ou une maladie auto-immune débutante. Ignorer cette alerte, c’est un peu comme baisser le son d’un détecteur de fumée sans chercher d’où vient la fumée. Un diagnostic précis et une prise en charge coordonnée entre médecin traitant, spécialiste et chirurgien-dentiste permettent de limiter les complications et de retrouver un meilleur confort buccal.

Symptômes d’hyposialie et de xérostomie : distinguer sécheresse buccale subjective et manque réel de salive

La première étape consiste à différencier la xérostomie (sensation de bouche sèche) de l’hyposialie (baisse objective du flux salivaire). Il est tout à fait possible de ressentir une sécheresse intense la nuit ou après un stress aigu, tout en ayant un débit salivaire normal au test, et à l’inverse, d’avoir un manque de salive mesuré sans se plaindre de symptôme particulier. Les études montrent qu’environ 30 à 40 % des patients qui rapportent une bouche sèche n’ont pas de déficit mesurable, ce qui complique parfois l’évaluation clinique.

Concrètement, comment reconnaître les signes d’alerte qui doivent inciter à parler de manque de salive chronique à un professionnel de santé ? Plusieurs symptômes reviennent fréquemment : salive épaisse, filante ou mousseuse, soif permanente, besoin de boire la nuit, difficulté à avaler les aliments secs, langue rugueuse ou fissurée, lèvres gercées, apparition rapide de caries ou d’aphtes. Du point de vue du dentiste, l’absence de film salivaire sous la langue, une muqueuse brillante et collante, et une accumulation de plaque dentaire orientent vers une hyposialie authentique.

Cette distinction n’est pas qu’un détail académique. Dans le cadre d’un bilan de syndrome sec (bouche et yeux secs), elle conditionne la recherche de maladies auto-immunes, la prescription éventuelle de médicaments sialogogues et la mise en place de mesures de prévention renforcées contre la carie et les infections buccales. Pour vous, comprendre cette nuance permet aussi de mieux interpréter vos sensations : une bouche sèche occasionnelle après un effort, une fièvre ou un trajet en avion ne signifie pas nécessairement que les glandes salivaires sont endommagées.

La combinaison de symptômes subjectifs (ce que vous ressentez) et de mesures objectives du débit salivaire reste la méthode la plus fiable pour différencier une sécheresse buccale fonctionnelle d’un véritable déficit salivaire.

Déshydratation, fièvre, tabac et alcool : facteurs environnementaux et hygiéno-diététiques réduisant le flux salivaire

De nombreux cas de bouche sèche sont liés à des facteurs réversibles qui modifient temporairement la quantité de salive. La déshydratation en est le meilleur exemple : fièvre, diarrhée, activité sportive intense, chaleur estivale ou climatisation prolongée diminuent le volume d’eau disponible pour l’organisme. Les glandes salivaires réduisent alors leur production pour préserver les organes vitaux. On estime qu’une perte hydrique de seulement 2 % du poids corporel peut déjà altérer la salivation et la sensation de confort buccal. Si vous buvez peu, ou surtout des boissons déshydratantes comme le café ou l’alcool, la bouche sèche au réveil est presque inévitable.

Le tabac constitue un autre facteur critique. La fumée irrite la muqueuse buccale, altère la microcirculation et modifie la composition de la salive. À long terme, fumer multiplie le risque de caries, de parodontite et de lésions précancéreuses, notamment parce que le film salivaire protecteur est plus mince et moins efficace. L’alcool, surtout consommé le soir, exerce un effet diurétique et asséchant, auquel s’ajoute l’effet irritant de certaines boissons fortes. Il en va de même pour certains bains de bouche contenant de l’alcool, qui aggravent une xérostomie déjà présente.

Les habitudes alimentaires jouent également un rôle majeur dans le flux salivaire au quotidien. Une alimentation très salée, épicée ou composée majoritairement d’aliments ultra-transformés secs (biscuits, chips, crackers) nécessite plus de salive pour être mastiquée et avalée, ce qui accentue la sensation de bouche sèche si les glandes sont déjà fragilisées. À l’inverse, croquer des fruits et légumes crus, riches en eau et en fibres, stimule mécaniquement les glandes salivaires. De manière pragmatique, trois mesures hygiéno-diététiques valent souvent autant qu’un traitement : boire de l’eau régulièrement par petites gorgées, limiter tabac et alcool, et privilégier des aliments frais qui « font saliver » naturellement.

Médicaments responsables de bouche sèche : antihistaminiques, antidépresseurs ISRS, bêtabloquants et opioïdes

Plus de 400 molécules sont aujourd’hui répertoriées comme pouvant provoquer une sécheresse buccale médicamenteuse. Les études estiment que les traitements seraient impliqués dans plus de 90 % des xérostomies chroniques chez l’adulte, surtout après 60 ans. Les classes les plus fréquemment incriminées sont les antihistaminiques, les antidépresseurs (notamment les ISRS et les tricycliques), les bêtabloquants, les neuroleptiques, les opioïdes et certains diurétiques. Cette bouche sèche liée aux médicaments peut apparaître quelques jours après le début d’un traitement ou plus insidieusement, après une augmentation de dose ou l’ajout d’une nouvelle molécule.

Sur le plan clinique, un patient polymédiqué, hypertendu, anxieux ou dépressif, qui décrit une bouche sèche la nuit, un besoin de boire pour avaler ses comprimés, une langue qui brûle et des difficultés à porter sa prothèse dentaire, présente un profil très typique de xérostomie iatrogène. La difficulté tient au fait que ces traitements sont souvent indispensables pour l’équilibre cardiovasculaire, psychique ou neurologique, ce qui rend la modification d’ordonnance délicate. D’où l’importance d’un dialogue entre le prescripteur, le dentiste et parfois le pharmacien pour évaluer le rapport bénéfice/risque.

Anticholinergiques et psychotropes : mécanisme d’inhibition parasympathique des glandes salivaires

De nombreux médicaments assèchent la bouche parce qu’ils possèdent une activité anticholinergique, explicite ou « cachée ». En bloquant les récepteurs muscariniques de l’acétylcholine, ils inhibent la stimulation parasympathique des glandes salivaires, un peu comme si le « robinet » nerveux qui commande la salive était partiellement fermé. C’est particulièrement vrai pour certains antidépresseurs tricycliques, les antipsychotiques, certains antispasmodiques digestifs, les antiparkinsoniens anticholinergiques et plusieurs antihistaminiques de première génération.

Les psychotropes modernes, comme les ISRS, ont en principe un profil anticholinergique plus faible, mais des études récentes montrent que la prévalence de la bouche sèche chez les patients sous antidépresseurs reste élevée, autour de 20 à 30 % selon les molécules et les doses. Les opioïdes, quant à eux, perturbent la régulation centrale de la salivation et modifient l’équilibre du système nerveux autonome, ce qui explique pourquoi tant de patients sous traitement antalgique au long cours se plaignent d’une xérostomie persistante.

Poly-médication chez la personne âgée : cas typiques en gériatrie et interactions pharmacodynamiques

Chez la personne âgée, la bouche sèche est presque la règle plutôt que l’exception, non pas à cause de l’âge en soi, mais en lien avec la poly-médication. En gériatrie, il n’est pas rare de rencontrer des ordonnances comprenant un bêtabloquant, un diurétique, un antidépresseur, un hypnotique et un antalgique opioïde léger, chacun ayant un effet additionnel sur la salivation. Les modifications physiologiques du vieillissement (diminution de la masse hydrique, altération de la fonction rénale, hypersensibilité aux médicaments) renforcent encore cet impact.

Les interactions pharmacodynamiques jouent alors un rôle clé : deux molécules faiblement anticholinergiques prises isolément peuvent devenir cliniquement problématiques lorsqu’elles sont associées. Des outils d’évaluation de la « charge anticholinergique » totale de l’ordonnance sont désormais utilisés dans certains services hospitaliers pour anticiper ces effets indésirables. Pour vous, cela signifie qu’un simple ajout de médicament « anodin » peut faire basculer une bouche un peu sèche en vraie xérostomie avec brûlures, altération du goût et caries multiples.

Chimiothérapies, radiothérapie ORL et xérostomie radio‑induite chez les patients oncologiques

Chez les patients atteints de cancer, la xérostomie est une complication fréquente et bien documentée, en particulier après radiothérapie ORL. Lorsque les champs d’irradiation englobent les glandes parotides et submandibulaires, les cellules acineuses, qui produisent la salive, sont partiellement détruites. Cette xérostomie radio-induite peut être précoce (dès les premières semaines de traitement) et parfois définitive lorsque la dose cumulée dépasse certains seuils. Les chiffres varient selon les protocoles, mais plus de 60 % des patients irradiés dans la région tête et cou rapportent une bouche sèche durable.

Les chimiothérapies, même sans irradiation locale, altèrent aussi la salivation via une toxicité systémique et une mucite buccale. La bouche devient alors un terrain fragile, propice aux candidoses, aux ulcérations et à la dénutrition liée à la douleur à la mastication. Les progrès récents en radiothérapie conformationnelle et en techniques d’épargne parotidienne ont réduit l’intensité de ces effets secondaires, mais le problème reste majeur dans la prise en charge oncologique globale.

Adaptation thérapeutique : révision d’ordonnance, substitution médicamenteuse et prise en charge pluridisciplinaire

Face à une xérostomie médicamenteuse, la stratégie la plus efficace consiste souvent à adapter le traitement de fond. La révision d’ordonnance cible en priorité les molécules les plus asséchantes, en cherchant une alternative moins anticholinergique ou une réduction progressive des doses. Par exemple, remplacer un antidépresseur tricyclique par un ISRS adapté, ou un antihistaminique sédatif par une molécule de seconde génération, peut réduire notablement la bouche sèche sans déstabiliser la pathologie initiale.

Dans les situations complexes (oncologie, neurologie, psychiatrie), la prise en charge devient pluridisciplinaire : médecin traitant, spécialistes, dentiste et parfois pharmacien clinique coordonnent leurs recommandations. Pour vous, l’enjeu est double : préserver l’efficacité du traitement principal tout en protégeant la santé bucco-dentaire. Des substituts salivaires, sprays, gels hydratants, gommes sans sucre, bains de bouche au fluor et médicaments sialogogues (comme l’anétholtrithione ou, dans des indications spécifiques, la pilocarpine) peuvent être proposés en complément, selon le profil de risque carieux et l’état général.

Pathologies auto-immunes et inflammatoires : syndrome de sjögren, lupus et polyarthrite rhumatoïde

Lorsque la bouche sèche s’associe à une sécheresse oculaire, à des douleurs articulaires ou à une fatigue inexpliquée, la suspicion d’atteinte auto-immune des glandes salivaires doit être évoquée. Le syndrome de Sjögren est la cause la plus emblématique, mais la xérostomie peut également accompagner le lupus érythémateux systémique, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérodermie ou d’autres connectivites. Dans ces maladies, le système immunitaire s’attaque progressivement aux glandes exocrines, entraînant une destruction lente mais continue du tissu glandulaire.

Les données épidémiologiques suggèrent que le syndrome de Sjögren touche environ 0,1 à 0,6 % de la population, avec une nette prédominance féminine et un pic de diagnostic entre 40 et 60 ans. Pourtant, le retard diagnostique moyen dépasse souvent cinq ans, la bouche sèche étant longtemps attribuée à l’âge, aux médicaments ou au stress. Du point de vue d’un dentiste ou d’un médecin généraliste, repérer une bouche très sèche chez une femme d’âge moyen avec caries cervicales multiples, conjonctivite chronique et fatigue doit faire penser à un syndrome de Sjögren débutant.

Syndrome de sjögren primitif et secondaire : diagnostic ACR/EULAR, auto-anticorps anti-SSA/SSB et biopsie des glandes salivaires mineures

Le syndrome de Sjögren peut être primitif (isolé) ou secondaire, associé à une autre maladie auto-immune comme la polyarthrite rhumatoïde. Le diagnostic repose aujourd’hui sur les critères ACR/EULAR, qui combinent données cliniques (xérostomie, xérophtalmie), tests fonctionnels (débit salivaire au repos, test de Schirmer pour les larmes), analyses immunologiques (présence d’auto-anticorps anti-SSA/Ro, anti-SSB/La, facteur rhumatoïde) et examen histologique des glandes salivaires mineures par biopsie labiale.

La biopsie des glandes salivaires accessoires, réalisée sous anesthésie locale, recherche un infiltrat lymphocytaire caractéristique. Ce geste peut effrayer, mais il s’agit d’un examen clé pour confirmer la nature auto-immune d’un syndrome sec généralisé. Il permet aussi d’orienter le suivi, car le syndrome de Sjögren s’accompagne d’un risque légèrement augmenté de lymphome, nécessitant une vigilance à long terme. L’interprétation de ces résultats revient en général au rhumatologue ou au médecin interniste.

Atteinte des glandes parotides et submandibulaires : sialadénite chronique, hypertrophie parotidienne et douleurs

Sur le plan local, les glandes parotides et submandibulaires peuvent être le siège d’une sialadénite chronique. Dans le syndrome de Sjögren et d’autres connectivites, ce phénomène se traduit par une hypertrophie parotidienne par poussées, parfois douloureuse, avec une sensation de tension sous l’angle de la mâchoire ou devant l’oreille. Ces épisodes peuvent être confondus avec des oreillons à répétition ou une simple infection virale, surtout chez l’enfant ou l’adulte jeune.

Avec le temps, la destruction glandulaire aboutit à une salive plus rare, plus visqueuse, saturée en mucus et moins efficace pour tamponner les acides et protéger l’émail. Le risque de caries, de mycoses buccales et de fissures de la langue augmente sensiblement. Du côté du praticien, la palpation des glandes (recherche de nodules, de douleur, d’asymétrie) et l’échographie des glandes salivaires permettent de documenter ces atteintes parotides et submandibulaires et de les distinguer d’une tumeur ou d’une lithiase.

Manifestations systémiques associées : sécheresse oculaire, arthralgies, fatigue chronique et atteintes extra-glandulaires

La bouche sèche n’est souvent que la partie émergée de l’iceberg dans les maladies auto-immunes. Dans le syndrome de Sjögren, la sécheresse oculaire avec sensation de sable dans les yeux, photophobie, besoin de larmes artificielles plusieurs fois par jour, fait partie du tableau typique. S’y ajoutent des arthralgies, une fatigue chronique, parfois des éruptions cutanées, un syndrome de Raynaud ou des atteintes pulmonaires, rénales ou neurologiques plus rares mais potentiellement graves.

Pour un patient, comprendre que la sécheresse buccale chronique s’intègre dans un contexte systémique aide à accepter la nécessité d’un suivi spécialisé. En pratique clinique, la collaboration entre ophtalmologiste, stomatologue, dentiste et rhumatologue est fréquente. La qualité de vie rapportée par les patients s’améliore nettement lorsqu’un traitement ciblant la maladie de fond est instauré et que les mesures locales (substituts salivaires, gels lubrifiants, fluor, conseils diététiques) sont optimisées.

Suivi en rhumatologie et en médecine interne : bilans immunologiques et protocoles thérapeutiques (hydroxychloroquine, corticoïdes)

Une fois le diagnostic posé, le suivi relève en général de la rhumatologie ou de la médecine interne. Les bilans réguliers incluent un profil immunologique (anticorps, complément), des paramètres inflammatoires, une surveillance rénale et parfois des examens d’imagerie. Sur le plan thérapeutique, l’hydroxychloroquine, certains immunosuppresseurs ou biothérapies, et ponctuellement les corticoïdes sont ajustés en fonction de l’activité de la maladie.

Ces traitements ne réparent pas les glandes salivaires détruites, mais ils stabilisent l’évolution, réduisent les poussées inflammatoires et améliorent les symptômes extra-glandulaires. Parallèlement, une prise en charge bucco-dentaire renforcée est indispensable : applications de vernis fluorés, contrôle régulier de la plaque, traitement des caries précoces, dépistage des candidoses et conseils personnalisés pour gérer au mieux ce manque de salive au quotidien.

Maladies métaboliques et endocriniennes : diabète, hypothyroïdie, hypercalcémie et insuffisance rénale chronique

Les déséquilibres métaboliques et hormonaux modifient profondément l’environnement salivaire. Le diabète, l’hypothyroïdie, l’hypercalcémie ou l’insuffisance rénale chronique comptent parmi les causes fréquentes de bouche sèche d’origine systémique. Dans ces contextes, la xérostomie est rarement isolée : elle s’accompagne de soif intense, de polyurie, de fatigue, de crampes musculaires ou de troubles digestifs, selon l’organe atteint. L’évaluation du manque de salive fait alors partie intégrante du suivi global de la maladie.

Les chiffres sont parlants : chez les patients diabétiques, la prévalence de la xérostomie varie de 30 à 60 % selon les études, avec un risque carieux et parodontal multiplié par deux ou trois par rapport à la population générale. En insuffisance rénale terminale, plus de la moitié des patients dialysés rapportent une sécheresse buccale permanente, en lien avec la restriction hydrique, les troubles électrolytiques et les médicaments associés. Pour vous, cela signifie qu’un simple symptôme de bouche sèche peut signaler un déséquilibre métabolique plus large nécessitant un ajustement de traitement.

Diabète de type 1 et 2 : hyperglycémie, polyurie, déshydratation et altération de la composition salivaire

Dans le diabète de type 1 ou 2, l’hyperglycémie chronique entraîne une polyurie et donc une déshydratation progressive. Le volume de salive produite diminue, et sa composition se modifie : augmentation du glucose salivaire, altération du pH, changement du microbiote buccal. Ce cocktail favorise les caries rampantes, les candidoses et la parodontite, surtout si l’hygiène bucco-dentaire est insuffisante. La bouche sèche devient alors un marqueur de mauvais équilibre glycémique autant qu’un facteur de complication dentaire.

Du point de vue pratique, une bouche sèche chez le patient diabétique doit toujours faire rechercher une hyperglycémie non contrôlée, une variation importante du traitement (insuline ou antidiabétiques oraux) et des erreurs diététiques. Pour limiter les dégâts, des visites dentaires plus fréquentes, des applications de fluor à domicile, une hydratation régulière et, si possible, une meilleure stabilisation du diabète sont indispensables. Plusieurs travaux récents montrent qu’un meilleur contrôle glycémique réduit non seulement les complications générales, mais aussi la fréquence des épisodes de xérostomie.

Hypothyroïdie et maladies thyroïdiennes auto-immunes (hashimoto) : ralentissement métabolique et hyposialie

L’hypothyroïdie, qu’elle soit d’origine auto-immune (thyroïdite de Hashimoto) ou iatrogène, se manifeste souvent par une fatigue, une frilosité, une prise de poids et une peau sèche. La bouche n’est pas épargnée : le ralentissement métabolique global touche les glandes salivaires, qui produisent moins de salive. Certains patients décrivent une langue épaissie, des troubles du goût, une intolérance aux aliments secs ou épicés, parfois confondus avec un simple vieillissement.

Dans ces situations, la normalisation de la fonction thyroïdienne par la levothyroxine améliore progressivement la salivation, mais ce processus peut prendre plusieurs mois. Une fois encore, la bouche sèche devient un indicateur indirect de l’efficacité du traitement de fond. Un dialogue entre endocrinologue et dentiste permet d’anticiper et de limiter les complications bucco-dentaires de l’hypothyroïdie, surtout lorsque d’autres facteurs de risque (tabac, médicaments, vieillissement) se cumulent.

Hypercalcémie, insuffisance rénale terminale et dialyse : impact sur les glandes salivaires et le ph buccal

L’hypercalcémie, qu’elle soit liée à une hyperparathyroïdie, à certaines tumeurs ou à une intoxication à la vitamine D, peut provoquer une soif intense, une polyurie, une fatigue et une bouche sèche marquée. Les modifications des concentrations de calcium et de phosphate dans la salive perturbent le processus de reminéralisation de l’émail, augmentant le risque d’érosion et de carie. Dans l’insuffisance rénale chronique terminale, d’autres mécanismes s’ajoutent : accumulation d’urée dans la salive, altération du goût, halitose urémique et restrictions hydriques imposées entre les séances de dialyse.

Pour les patients dialysés, la gestion de la xérostomie est un véritable défi quotidien : comment soulager la bouche sèche sans dépasser les limites de liquide recommandées ? Des solutions comme les sprays hydratants, les gels à base de carboxyméthylcellulose, les pastilles sans sucre ou les glaces pilées peuvent aider, à condition d’être intégrées dans un plan de prise en charge coordonné avec le néphrologue et le diététicien. Du côté du dentiste, une vigilance accrue vis-à-vis des infections et des lésions muqueuses est de mise.

Prise en charge coordonnée entre endocrinologue, néphrologue et chirurgien‑dentiste

Qu’il s’agisse de diabète, d’hypothyroïdie, d’hypercalcémie ou d’insuffisance rénale, la clé réside dans une coordination interdisciplinaire. L’endocrinologue ou le néphrologue surveille les paramètres biologiques et adapte les traitements, tandis que le chirurgien-dentiste évalue les répercussions locales : état des gencives, caries, mycoses, douleurs linguales. Dans certains centres, des protocoles spécifiques de prévention bucco-dentaire sont proposés aux patients diabétiques ou dialysés, avec des séances de prophylaxie régulières et une prescription systématique de dentifrices très fluorés.

Pour vous, l’intérêt est double : réduire le risque de complications générales en améliorant l’adhésion thérapeutique (une bouche douloureuse n’incite pas à bien s’alimenter), et préserver le capital dentaire sur le long terme. Une simple question posée lors d’une consultation spécialisée – « Avez-vous souvent la bouche sèche ? » – peut ouvrir la voie à une prise en charge beaucoup plus globale.

Atteintes neurologiques et iatrogènes : maladie de parkinson, alzheimer, lésion du nerf facial et chirurgie ORL

Les troubles neurologiques modifient la salivation par plusieurs mécanismes imbriqués : dysrégulation autonome, difficultés motrices, déglutition altérée, traitements psychotropes associés. Dans la maladie de Parkinson, la salivation est paradoxale : beaucoup de patients se plaignent de baver (sialorrhée) alors que le débit salivaire n’est pas forcément augmenté. C’est la capacité à avaler la salive qui est diminuée, ce qui crée une impression de salive excessive mais n’empêche pas, en parallèle, une bouche sèche la nuit ou lors de la prise de médicaments dopaminergiques et anticholinergiques.

Dans la maladie d’Alzheimer et d’autres démences, la xérostomie résulte souvent d’un cocktail de facteurs : oubli de boire, dépendance pour l’hygiène bucco-dentaire, médicaments psychotropes, respiration buccale nocturne, difficultés à exprimer la gêne. Les lésions du nerf facial ou du nerf glossopharyngien après chirurgie ORL, traumatisme ou tumeur peuvent, quant à elles, léser directement l’innervation des glandes salivaires. Enfin, certaines interventions chirurgicales (parotidectomie, dissections cervicales, chirurgie des apnées du sommeil) emportent ou sectionnent partiellement ces glandes, réduisant définitivement le flux salivaire.

La prise en charge repose sur une évaluation fine des capacités du patient : peut-il mâcher et avaler en sécurité ? Comprend-il les consignes pour stimuler la salivation (chewing-gum sans sucre, petites gorgées d’eau, aliments plus mous) ? Les soignants et aidants ont un rôle central pour appliquer les mesures simples de prévention : brossage biquotidien, hydratation fractionnée, surveillance des prothèses, repérage des plaies et des mycoses. Dans ce contexte, une bouche sèche non prise en charge devient rapidement un facteur de dénutrition et de perte d’autonomie.

Infections, atteintes locales et tumeurs des glandes salivaires : parotidite, oreillons, sialolithiases et cancer des glandes salivaires

En dehors des causes générales, certaines atteintes locales des glandes salivaires entraînent directement une diminution du flux salivaire. Les infections aiguës, comme la parotidite bactérienne ou virale (notamment les oreillons), provoquent un gonflement douloureux de la parotide, une fièvre, parfois un écoulement purulent du canal de Sténon. Pendant la phase aiguë, la production de salive est altérée, et des séquelles sous forme de sialadénite chronique peuvent persister, avec bouche sèche et épisodes de gonflement récurrents.

Les sialolithiases, c’est-à-dire les calculs des glandes salivaires, représentent une autre cause fréquente de dysfonction. Les calculs se logent surtout dans la glande submandibulaire et son canal, entraînant des douleurs et un gonflement à la salivation, typiquement au moment des repas : la glande tente de produire de la salive, mais le canal est bouché, comme un robinet obstrué. À long terme, cette obstruction entraîne une atrophie de la glande et une hyposialie permanente, même après ablation du calcul.

Plus rarement, des tumeurs bénignes (adénomes pléomorphes, tumeurs de Warthin) ou malignes (carcinomes mucoépidermoïdes, adénocarcinomes) des glandes salivaires perturbent la production de salive, soit par leur masse, soit par les traitements nécessaires (chirurgie, radiothérapie). L’apparition d’un nodule indolore mais persistant dans la région parotidienne ou submandibulaire, associé à une asymétrie du visage ou à une atteinte du nerf facial (paralysie, douleur) doit faire envisager un bilan ORL spécialisé. Dans ces situations, la bouche sèche est un symptôme parmi d’autres, mais elle contribue fortement à la gêne fonctionnelle, en particulier après les traitements loco-régionaux.

Cause principale Mécanisme sur la salive Conséquences buccales typiques
Médicaments (anticholinergiques, ISRS, opioïdes) Inhibition de la stimulation parasympathique des glandes Bouche sèche nocturne, salive épaisse, caries multiples
Syndrome de Sjögren et maladies auto-immunes Destruction auto-immune du tissu glandulaire Xérostomie sévère, mycoses, caries cervicales, langue fissurée
Radiothérapie ORL, chirurgie parotidienne Lésion directe ou ablation des glandes salivaires Sécheresse permanente, difficultés à avaler, ulcérations
Diabète, insuffisance rénale, troubles endocriniens Déshydratation, désordres métaboliques, modification du pH Halitose, parodontite, candidoses, altération du goût
Sialolithiases, infections locales Obstruction ou inflammation des canaux salivaires Douleur à la mastication, gonflement, hyposialie chronique

Pour limiter l’impact de ces atteintes locales, plusieurs conseils pratiques s’appliquent à presque toutes les situations : maintenir une hygiène buccale rigoureuse (brossage au dentifrice fluoré deux fois par jour, soie dentaire quotidienne), éviter l’alcool et le tabac, privilégier une hydratation fractionnée plutôt que des grandes quantités d’un coup, utiliser des substituts de salive ou des gels hydratants en cas de gêne importante, et consulter rapidement en cas de gonflement douloureux d’une glande. Plus la cause du manque de salive est identifiée tôt, plus les chances de préserver la fonction salivaire résiduelle sont élevées.

Penser au manque de salive comme à un symptôme systémique et non comme un simple inconfort local permet d’orienter plus tôt vers le bon spécialiste et d’éviter des complications bucco-dentaires parfois irréversibles.