
Lire « hypersignaux FLAIR non spécifiques » sur un compte‑rendu d’IRM cérébrale inquiète souvent, chez les patients comme chez les cliniciens non radiologues. Pourtant, ces anomalies de signal de la substance blanche ou grise ne correspondent pas toutes à une sclérose en plaques ou à une maladie grave. Elles reflètent le plus souvent des phénomènes d’œdème, de démyélinisation ou de gliose plus ou moins anciens, parfois liés à l’âge ou à une microangiopathie silencieuse. La clef réside dans une lecture systématique et contextualisée : séquence FLAIR bien paramétrée, comparaison T1/T2/DWI, topographie précise, et surtout corrélation avec l’âge, les facteurs de risque vasculaire et le contexte clinique (urgence neurologique, bilan de céphalées, troubles cognitifs, suspicion de SEP…). Sans cette démarche structurée, le risque est réel de surdiagnostiquer une maladie inflammatoire ou, à l’inverse, de banaliser des lésions à fort impact pronostique vasculaire.
Définition des hypersignaux FLAIR non spécifiques en IRM cérébrale
Principe de la séquence FLAIR : suppression du LCR, temps d’inversion et paramétrage IRM 1,5T / 3T
La séquence FLAIR (Fluid Attenuated Inversion Recovery) est une séquence d’inversion‑récupération fortement pondérée T2, dont le but principal est la suppression du signal du LCR. Un temps d’inversion (TI) spécifique est choisi pour annuler le signal du liquide céphalo‑rachidien : autour de 2 000–2 500 ms en 1,5T, souvent un peu plus court en 3T, avec un long TR et un TE prolongé. En pratique, cela permet de faire ressortir de façon très sensible les lésions de la substance blanche situées à l’interface parenchyme–LCR, qui seraient noyées dans l’hypersignal du LCR en T2 conventionnel. En contexte de suspicion de leucopathie vasculaire ou de sclérose en plaques, la séquence FLAIR est devenue incontournable, y compris dans des protocoles d’urgence où l’optimisation temporelle impose un choix raisonné des séquences.
Différence entre hypersignal T2, hypersignal FLAIR et séquences T2* / SWI
Tout hypersignal FLAIR n’est pas forcément visible en T2, et inversement. L’hypersignal T2 reflète avant tout une augmentation en eau libre (œdème, démyélinisation, nécrose), mais reste fortement influencé par l’hypersignal du LCR. L’hypersignal FLAIR, lui, combine cette sensibilité à l’eau avec l’avantage de supprimer le LCR, ce qui améliore la détection des petites lésions juxta‑corticales ou périventriculaires. À l’opposé, les séquences T2* ou SWI (Susceptibility Weighted Imaging) sont hyper‑sensibles aux dépôts hémorragiques, au fer et aux veines : là où le FLAIR montre un hypersignal vasculaire ou inflammatoire, le SWI peut révéler une microhémorragie en hyposignal marqué. Pour vous, clinicien, confronter systématiquement FLAIR et SWI aide à distinguer microangiopathie hémorragique, angiopathie amyloïde et simple leucopathie ischémique chronique.
Hypersignaux FLAIR « spécifiques » vs « non spécifiques » : critères sémiologiques
Le qualificatif « non spécifique » signifie qu’aucun patron radiologique typique ne permet, à lui seul, de conclure à une étiologie unique. À l’inverse, des hypersignaux FLAIR « spécifiques » évoquent, par leur topographie et leur morphologie, un diagnostic privilégié : plaques ovoides périventriculaires « en doigts de gant » de la SEP, hypersignal limbique bilatéral d’une encéphalite auto‑immune, ou hypersignaux occipito‑pariétaux symétriques d’un PRES. Un hypersignal FLAIR non spécifique est donc, par définition, aspécifique : taille punctiforme ou millimétrique, contours flous, distribution modérée, sans rehaussement, pouvant se voir dans des migraines, une microangiopathie modérée, voire comme simple variante liée à l’âge. Le compte‑rendu doit le préciser clairement pour éviter un surdiagnostic anxiogène.
Rôle du contraste gadoliné (T1 gado) dans la caractérisation des hypersignaux FLAIR
La séquence T1 gadoliné joue un rôle clé pour distinguer lésion active et séquelle. Un hypersignal FLAIR qui se rehausse après injection de gadolinium signe une rupture de la barrière hémato‑encéphalique, typique d’un processus inflammatoire ou tumoral en phase active, ou d’un infarctus subaigu. À l’inverse, une lésion FLAIR stable dans le temps, sans rehaussement, évoque plutôt une séquelle ischémique, une plaque démyélinisée ancienne, ou une gliose cicatricielle. Pour vous aider dans une suspicion de sclérose en plaques, l’absence de prise de contraste n’exclut pas la maladie, mais oriente vers des lésions anciennes et impose de raisonner selon les critères de dissémination dans le temps et dans l’espace plutôt que sur un seul examen isolé.
Physiopathologie des hypersignaux FLAIR non spécifiques : œdème, démyélinisation, glioses
Œdème vasogénique et cytotoxique : corrélations FLAIR–diffusion (DWI/ADC)
Les hypersignaux FLAIR non spécifiques reflètent très souvent un œdème, qu’il soit vasogénique ou cytotoxique. Dans l’œdème vasogénique (PRES, tumeurs, abcès), l’augmentation d’eau extracellulaire apparaît en hypersignal FLAIR, mais la diffusion (DWI) montre peu ou pas de restriction, avec un ADC élevé. Dans l’œdème cytotoxique d’un AVC ischémique aigu, l’hypersignal FLAIR est parfois discret ou absent dans les premières heures, alors que le DWI est franchement hyperintense avec ADC bas. Cette discordance, appelée mismatch DWI–FLAIR, est aujourd’hui utilisée en neuroradiologie d’urgence pour estimer la fenêtre thérapeutique chez des patients dont l’horaire de début est inconnu, notamment dans les essais récents de thrombolyse « wake‑up stroke ».
Dégénérescence myélinique et gliose astrocytaire dans la substance blanche
À distance d’une agression aiguë, l’hypersignal FLAIR correspond souvent à une combinaison de démyélinisation, de perte axonale et de gliose astrocytaire. Sur le plan histologique, la gaine de myéline se fragilise, les oligodendrocytes disparaissent partiellement et les astrocytes prolifèrent, remplaçant le tissu nerveux par une cicatrice fibreuse. Radiologiquement, cela se traduit par un hypersignal stable, parfois avec légère atrophie associée. Dans la sclérose en plaques ou les leucodystrophies, ces phénomènes de dégénérescence myélinique peuvent être diffus et sévères ; dans la leucopathie vasculaire chronique, la gliose est plus insidieuse mais largement corrélée au déclin des fonctions exécutives et aux troubles de la marche, comme l’ont montré plusieurs cohortes de sujets âgés.
Atteinte microangiopathique chronique liée à l’HTA et au diabète de type 2
Chez l’adulte de plus de 60 ans, l’atteinte microangiopathique représente la première cause d’hypersignaux FLAIR non spécifiques. L’hypertension artérielle chronique, le diabète de type 2 et le tabagisme entraînent un épaississement de la paroi des petites artères profondes, une lipohyalinose et, à terme, des infarctus lacunaires et une leucoaraïose. Sur l’IRM, cela se traduit par des hypersignaux FLAIR périventriculaires ou profonds, symétriques, souvent cotés par un score de Fazekas. Des études épidémiologiques européennes montrent qu’environ 70 % des sujets de plus de 80 ans présentent des hypersignaux de la substance blanche d’allure vasculaire, parfois sans plainte cognitive majeure, mais avec un risque accru de chutes et d’AVC.
Altérations de la barrière hémato-encéphalique et hypersignaux périvasculaires
La barrière hémato‑encéphalique régule finement les échanges entre sang et parenchyme cérébral. Lorsqu’elle est altérée, comme dans les maladies inflammatoires (SEP, vasculites), les encéphalopathies hypertensives ou certaines infections, des protéines plasmatiques et de l’eau franchissent les parois vasculaires, créant un œdème périvasculaire visible en FLAIR. Ces hypersignaux sont parfois associés à des espaces périvasculaires dilatés, eux‑mêmes en hyposignal T1 et signal variable en T2/FLAIR. La distinction entre simple dilatation de Virchow–Robin et lésion inflammatoire active repose alors sur la forme (tubulaire vs ronde), la topographie (capsulo‑lenticulaire vs jonction cortico‑sous‑corticale) et surtout la présence d’un rehaussement au gadolinium ou d’une restriction de diffusion associée.
Topographie des hypersignaux FLAIR non spécifiques : classification par localisation
Lésions périventriculaires et sous-épendymaires : différencier SEP et lésions vasculaires
La zone périventriculaire est un carrefour sémiologique délicat. Dans la sclérose en plaques, les plaques FLAIR périventriculaires sont volontiers ovoïdes, orientées perpendiculairement aux ventricules latéraux, réalisant l’aspect en « doigts de gant » ou en « bougies allumées ». Elles épargnent souvent la bande de myéline sous‑épendymaire immédiate. À l’inverse, les lésions vasculaires liées à la leucoaraïose tendent à confluer en « halo » régulier autour des ventricules, avec une bande d’hypersignal plus homogène, parfois qualifiée de « caps ». Pour vous, neurologue ou gériatre, cette distinction radiologique, combinée à l’âge et aux facteurs de risque, oriente fortement vers une SEP ou une microangiopathie.
Hypersignaux FLAIR sous-corticaux et profonds : scoring type fazekas 1–3
Les hypersignaux sous‑corticaux et profonds sont souvent évalués visuellement à l’aide du score de Fazekas. En Fazekas 1, les lésions sont ponctiformes, discrètes, parfois compatibles avec des migraines ou un vieillissement bénin. En Fazekas 2, les hypersignaux deviennent plus nombreux et tendent à confluer partiellement. En Fazekas 3, les nappes d’hypersignal sont largement confluentes, traduisant une leucopathie vasculaire sévère. Plusieurs études de cohorte ont montré qu’un score de Fazekas ≥ 2 est associé à un risque multiplié par 2 à 3 de déclin cognitif et de troubles de la marche dans les 5 à 10 ans, ce qui justifie un contrôle strict de la pression artérielle et du diabète.
Atteinte de la substance blanche infratentorielle : tronc cérébral et cervelet
L’atteinte infratentorielle en FLAIR concerne le tronc cérébral, le pédoncule cérébelleux moyen, la substance blanche cérébelleuse et parfois le plancher du quatrième ventricule. Dans la SEP, les plaques FLAIR infratentorielles sont fréquentes, souvent disséminées, parfois en contact avec les noyaux des nerfs crâniens, expliquant des diplopies ou des névralgies faciales. Dans les pathologies vasculaires, les hypersignaux FLAIR infratentoriels correspondent plutôt à des infarctus lacunaires du tronc ou à des séquelles d’hypertension mal contrôlée. En pratique, toute lésion FLAIR du tronc chez un patient jeune avec névrite optique doit alerter sur un possible spectre NMO/MOGAD ou une SEP agressive.
Hypersignaux FLAIR de la substance grise corticale et noyaux gris centraux
Les hypersignaux FLAIR ne se limitent pas à la substance blanche. La substance grise corticale peut présenter un hypersignal diffus ou laminaire dans les encéphalites auto‑immunes, les encéphalopathies métaboliques (hyperammoniémie) ou après un état de mal épileptique. Les noyaux gris centraux (noyau caudé, putamen, globus pallidus, thalamus) sont touchés dans de nombreuses encéphalopathies toxiques (CO, méthanol), dans la maladie des petits vaisseaux (infarctus lacunaires) ou dans certaines maladies génétiques. Pour vous, repérer ces atteintes FLAIR de la substance grise oriente rapidement vers un bilan métabolique, infectieux ou immunologique adapté.
Étiologies fréquentes d’hypersignaux FLAIR non spécifiques chez l’adulte
Leucoaraïose liée à l’âge, HTA chronique et angiopathie des petites artères
La leucoaraïose, ou leucopathie vasculaire, représente l’étiologie la plus fréquente d’hypersignaux FLAIR non spécifiques chez le sujet âgé. L’Inserm estime qu’environ 20 à 30 % des sujets de 60–70 ans présentent déjà des anomalies FLAIR de type microangiopathique, proportion qui augmente avec l’âge et la durée d’exposition à l’hypertension. Sur le plan clinique, ces hypersignaux sont associés à une augmentation du risque d’AVC, de démence vasculaire et de troubles de la marche. Une opinion partagée par de nombreux experts est qu’en présence d’une leucoaraïose marquée, un traitement antihypertenseur intensif, une activité physique régulière et l’arrêt du tabac sont au moins aussi importants qu’un éventuel traitement cognitif.
Migraine avec aura : hypersignaux FLAIR ponctiformes de la substance blanche
Chez l’adulte jeune migraineux, les hypersignaux FLAIR punctiformes, sous‑corticaux, non confluent et aspécifiques sont très fréquents. Plusieurs études IRM chez les migraineux avec aura rapportent une prévalence de 30 à 40 % de ces petites lésions, sans retentissement clinique prouvé sur la cognition à long terme. Pour vous, médecin généraliste ou neurologue, la présence de quelques hypersignaux sous‑corticaux isolés sur un FLAIR chez un patient migraineux sans autre signe neurologique ne doit pas faire craindre une sclérose en plaques. En revanche, la survenue de nouveaux symptômes focaux persistants impose un contrôle IRM évolutif pour écarter une pathologie associée.
Séquelles ischémiques lacunaires silencieuses : capsulo-lenticulaires et thalamiques
Les infarctus lacunaires silencieux sont retrouvés chez 10 à 20 % des sujets d’âge moyen avec facteurs de risque vasculaires. En FLAIR, ils se présentent comme de petites cavités ou hypersignaux ronds au niveau capsulo‑lenticulaire, thalamique ou du tronc cérébral. Même silencieux, ces infarctus lacunaires sont des marqueurs de fragilité vasculaire cérébrale et doublent en moyenne le risque de futur AVC clinique. En pratique, leur découverte doit conduire à un bilan vasculaire complet, une optimisation stricte de l’HTA, du diabète et du cholestérol, et à un éventuel traitement anti‑agrégant selon les recommandations en vigueur.
Consommation chronique d’alcool, carence en vitamine B1 et encéphalopathie de wernicke
La consommation chronique d’alcool et la carence en vitamine B1 (thiamine) peuvent entraîner des hypersignaux FLAIR caractéristiques. Dans l’encéphalopathie de Wernicke, l’IRM montre un hypersignal FLAIR symétrique des corps mamillaires, du thalamus médian, de l’hypothalamus et de la région périaqueducale. Ces anomalies, si elles sont reconnues précocement, sont potentiellement réversibles sous supplémentation urgente en thiamine IV. Chez un patient alcoolo‑dépendant confus avec ataxie, une IRM FLAIR montrant ce patron topographique justifie un traitement vitaminique sans attendre, l’imagerie jouant alors un rôle décisif pour prévenir une évolution vers le syndrome de Korsakoff.
Hypersignaux FLAIR non spécifiques en contexte de maladies inflammatoires et démyélinisantes
Sclérose en plaques (critères de McDonald 2017) : lésions juxta-corticales, périventriculaires et infratentorielles
Dans la sclérose en plaques, les hypersignaux FLAIR suivent des distributions typiques : plaques juxta‑corticales au contact direct de la substance grise, plaques périventriculaires en doigts de gant, et lésions infratentorielles du tronc ou du cervelet. Les critères de McDonald 2017 exigent une dissémination dans l’espace (au moins deux régions typiques atteintes) et dans le temps (lésions d’âges différents ou rehaussement contrasté). Un examen FLAIR isolé montrant quelques hypersignaux aspécifiques ne permet donc pas, à lui seul, de conclure à une SEP. Une analyse sériée, associée à la ponction lombaire (bandes oligoclonales) et aux potentiels évoqués, garde un rôle majeur dans un diagnostic souvent anxiogène pour le patient.
NMO / spectre MOGAD : hypersignaux du nerf optique et de la moelle épinière en FLAIR
Les maladies du spectre NMO (neuromyélite optique) et MOGAD (anticorps anti‑MOG) se distinguent de la SEP par une atteinte préférentielle du nerf optique et de la moelle épinière. En FLAIR, les nerfs optiques apparaissent épaissis, hyperintenses, souvent de façon extensive et bilatérale. La moelle présente des lésions FLAIR s’étendant sur plus de trois corps vertébraux, souvent centrales, à la différence des petites lésions excentrées de la SEP. En présence d’une névrite optique sévère, de vomissements inexpliqués ou d’un syndrome médullaire aigu, ce patron FLAIR doit conduire à rechercher des anticorps AQP4 et MOG, et à initier rapidement un traitement immunosuppresseur ciblé.
Encéphalites auto-immunes (anti-NMDA, LGI1) : atteinte limbique hyperintense en FLAIR
Les encéphalites auto‑immunes se manifestent souvent par une atteinte limbique bilatérale en FLAIR : hippocampes, amygdales, cortex insulaire, parfois cortex orbito‑frontal. L’hypersignal FLAIR est variable, parfois discret, mais s’accompagne cliniquement de troubles mnésiques, de crises épileptiques temporales et de troubles psychiatriques. Un point important : jusqu’à 30 % des encéphalites auto‑immunes anti‑NMDA peuvent avoir une IRM initiale normale, ce qui ne doit pas retarder la recherche d’anticorps dans le LCR. En présence d’un tableau subaigu de troubles du comportement avec crises focales, une IRM FLAIR même peu contributive doit être relue de façon experte.
Vasculites cérébrales (PACNS, lupus) : hypersignaux FLAIR disséminés et infarctus corticaux
Les vasculites cérébrales primitives (PACNS) ou secondaires (lupus, vascularites ANCA) produisent un aspect FLAIR volontiers polymorphe : hypersignaux de la substance blanche, infarctus corticaux ou sous‑corticaux de tous âges, parfois hémorragies visibles en SWI. Le caractère disséminé, multifocal, non systématisé à un territoire artériel unique, combiné à un contexte inflammatoire biologique, doit faire évoquer une vasculite. En pratique, un angio‑IRM, une imagerie de perfusion, et parfois une artériographie conventionnelle ou une biopsie cérébrale sont nécessaires pour confirmer le diagnostic avant de débuter un traitement immunosuppresseur lourd.
Hypersignaux FLAIR non spécifiques en imagerie d’urgence : AVC, crises épileptiques, encéphalopathies
Signes FLAIR précoces d’AVC ischémique : mismatch DWI–FLAIR et fenêtre thérapeutique
En imagerie d’urgence, l’association DWI–FLAIR est un outil puissant. Dans les premières heures d’un AVC ischémique, la lésion est franchement visible en DWI avec restriction ADC, alors que le FLAIR reste négatif ou peu modifié. Ce « mismatch » DWI–FLAIR correspond à une ischémie hyperaiguë, souvent datée à moins de 4,5–6 heures, ce qui aide à décider d’une thrombolyse en cas de doute sur l’horaire. À l’inverse, un hypersignal FLAIR franc associé à une lésion DWI traduit un AVC déjà constitué, où la balance bénéfice–risque de la thrombolyse doit être discutée avec prudence, en particulier chez le sujet très âgé porteur de nombreuses lésions de la substance blanche.
Hypersignaux FLAIR post-critique après état de mal épileptique : cortex, hippocampe et pulvinar
Après un état de mal épileptique ou des crises focales prolongées, l’IRM montre souvent des hypersignaux FLAIR transitoires : cortex insulaire ou temporal, hippocampe, thalamus pulvinar. Ces anomalies reflètent un œdème cytotoxique ou vasogénique lié à l’hyperactivité neuronale locale. Dans la plupart des cas, ces hypersignaux régressent partiellement ou totalement en quelques semaines, mais un état de mal prolongé peut laisser des séquelles atrophiques. Pour vous, la connaissance de ces images post‑critiques évite de confondre ces hypersignaux FLAIR avec une encéphalite virale ou une tumeur gliale débutante, surtout si le contexte clinique est très évocateur d’épilepsie.
Encéphalopathie hypertensive et PRES : hypersignaux FLAIR occipito-pariétaux réversibles
Le syndrome de PRES (Posterior Reversible Encephalopathy Syndrome) associe hypertension sévère, troubles visuels, céphalées et parfois crises. Le FLAIR montre des hypersignaux bilatéraux occipito‑pariétaux, corticaux et sous‑corticaux, traduisant un œdème vasogénique. Dans 70 à 80 % des cas, ces lésions sont partiellement ou totalement réversibles après contrôle de la pression artérielle et arrêt du facteur déclenchant (éclampsie, immunosuppresseurs, chimiothérapie). Une vigilance particulière est de mise, car un PRES peut se compliquer d’hémorragie intracérébrale ou d’ischémie si la correction tensionnelle est trop brutale ou insuffisante.
Encéphalopathie métabolique et toxique : patrons FLAIR typiques (hyperammoniémie, CO, chimiothérapies)
Les encéphalopathies métaboliques et toxiques dessinent souvent des patrons FLAIR caractéristiques : atteinte corticale diffuse et noyaux gris dans l’hyperammoniémie aiguë, hypersignal globus pallidus bilatéral dans l’intoxication au CO, hypersignal splénium du corps calleux avec certaines chimiothérapies ou dans le « syndrome de cloison callosale ». Reconnaître ces motifs permet d’orienter rapidement les examens biologiques (ammoniémie, carboxyhémoglobine, bilan hépatique) et d’adapter le traitement. Un exemple fréquent est l’encéphalopathie hépatique, où le FLAIR, couplé au DWI et parfois à la spectroscopie (spectro-IRM), apporte des arguments en faveur d’une souffrance métabolique diffuse plutôt que d’une maladie dégénérative débutante.
Artefacts, faux positifs et pièges d’interprétation des hypersignaux FLAIR
Artefacts liés aux flux du LCR, aux interfaces air–os et aux mouvements du patient
La séquence FLAIR est sensible aux artefacts : flux pulsatile du LCR dans l’aqueduc et les foramens, interfaces air–os au niveau des sinus et des rochers, mouvements du patient, susceptibilité locale. Ces artefacts peuvent créer des pseudo‑hypersignaux linéaires ou ponctiformes, surtout en région temporale ou à la base du crâne. Une lecture attentive en multiplan, la comparaison avec les séquences T2 et T1, et la vérification sur d’autres coupes aident à ne pas sur‑interpréter ces images. Une observation fréquente en pratique est qu’une IRM légèrement dégradée par les mouvements génère plus de « lésions » FLAIR artificielles qu’une IRM répétée dans de bonnes conditions.
Différenciation hypersignaux FLAIR / dilatations périvasculaires (espaces de Virchow–Robin)
Les espaces périvasculaires dilatés, ou espaces de Virchow–Robin, sont des structures physiologiques entourant les petites artères pénétrantes. Ils apparaissent en hyposignal T1, hypersignal T2, et souvent iso‑ ou hyposignal FLAIR, alors que les véritables lésions de démyélinisation sont franchement hyperintenses en FLAIR. Sur le plan morphologique, ces espaces sont allongés, parallèles aux vaisseaux, et siègent volontiers dans la région des noyaux gris. Savoir les reconnaître évite de confondre une simple variante de la normale avec une leucopathie vasculaire diffuse, en particulier chez le sujet jeune sans facteur de risque.
Effets de volume partiel, anisotropie des voxels et biais de fenêtres de visualisation
L’épaisseur de coupe et la forme des voxels influencent la perception des hypersignaux. Des coupes épaisses, avec voxels anisotropes, créent des effets de volume partiel : une petite lésion peut être « diluée » dans le signal normal, ou au contraire amplifiée si elle se prolonge sur plusieurs coupes. De même, un simple changement de fenêtre de visualisation (largeur, niveau) modifie l’intensité apparente des hypersignaux FLAIR. Une recommandation pratique pour vous, qui lisez régulièrement des IRM, est de comparer systématiquement les mêmes images avec au moins deux réglages de fenêtre, en gardant à l’esprit que la reproductibilité inter‑examen dépend de protocoles constants dans le temps.
Variabilité inter-machine (siemens, philips, GE) et protocoles FLAIR avancés (3D FLAIR)
Les différents constructeurs d’IRM (Siemens, Philips, GE, etc.) proposent des implémentations variées de la séquence FLAIR, avec des paramètres TR/TE/TI et des algorithmes de suppression du LCR légèrement différents. Cette variabilité inter‑machine peut expliquer des différences d’apparence des hypersignaux d’un centre à l’autre. Le développement de protocoles 3D FLAIR isotropiques, à résolution plus fine, améliore la détection des petites lésions juxta‑corticales (comme dans la SEP) et la possibilité de post‑traitements volumétriques. En revanche, ces séquences sont plus sensibles aux artefacts de mouvement et requièrent une bonne coopération du patient, ce qui peut constituer une limite en gériatrie ou en réanimation.
Stratégie d’interprétation systématique des hypersignaux FLAIR non spécifiques en pratique clinique
Lecture séquentielle multimodale : T1, T2, FLAIR, DWI, SWI, perfusion et spectroscopie
Pour interpréter correctement des hypersignaux FLAIR non spécifiques, une stratégie de lecture multimodale est essentielle. Une approche simple et efficace consiste à suivre une séquence systématique :
- Comparer T1 et T2 pour situer la lésion (substance blanche vs grise, cavité vs tissu).
- Analyser FLAIR pour la sensibilité aux petites lésions juxta‑corticales et périventriculaires.
- Vérifier DWI/ADC à la recherche d’une restriction (ischémie aiguë, abcès, crise récente).
- Consulter SWI/T2* pour les microhémorragies ou dépôts de fer associés.
- Si besoin, compléter par perfusion et spectroscopie pour différencier tumeur, nécrose, infection.
Cette démarche structurée réduit nettement le risque de sur‑interprétation de petites anomalies FLAIR isolées et aide à hiérarchiser les diagnostics différentiels selon l’urgence et le contexte clinique.
Corrélation clinico-radiologique : âge, facteurs de risque vasculaire, contexte aigu ou chronique
Aucun hypersignal FLAIR ne doit être interprété sans corrélation clinico‑radiologique. L’âge du patient, la présence d’HTA, de diabète, de dyslipidémie ou de migraine modifient profondément la probabilité pré‑test d’une microangiopathie, d’une SEP ou d’une encéphalopathie. Le contexte aigu (AVC, crise, encéphalopathie toxique) impose de privilégier les diagnostics d’ischémie, d’œdème vasogénique ou de souffrance métabolique, alors qu’un contexte chronique avec troubles de la marche ou déclin cognitif oriente plus vers une leucopathie vasculaire ou une maladie neurodégénérative. Un conseil pratique pour vous : noter systématiquement, dans la demande d’IRM, l’âge, les facteurs de risque vasculaire et la nature des symptômes, améliore considérablement la qualité du compte‑rendu radiologique.
Utilisation de scores de charge lésionnelle (fazekas, ARWMC) et volumétrie automatisée
Pour objectiver la quantité d’hypersignaux FLAIR et suivre leur évolution, plusieurs scores visuels ont été développés, dont les scores de Fazekas et ARWMC (Age‑Related White Matter Changes). Ces scores classent les anomalies de la substance blanche selon leur nombre, leur taille et leur confluence, fournissant un indicateur semi‑quantitatif utile dans les études cliniques et le suivi de patients à risque vasculaire élevé. De plus en plus de centres recourent à des outils de segmentation automatique et de volumétrie, capables de mesurer le volume total de lésions FLAIR et de l’atrophie cérébrale associée. Pour vous, ces outils offrent une manière objective de montrer au patient l’impact d’un meilleur contrôle tensionnel ou d’un changement de mode de vie sur la progression de sa charge lésionnelle.
Indications de contrôle IRM, de ponction lombaire ou de bilan immunologique complémentaire
Face à des hypersignaux FLAIR non spécifiques, l’enjeu est d’identifier les situations qui justifient des examens complémentaires. Un contrôle IRM à 6–12 mois est indiqué en cas de doute sur une maladie démyélinisante débutante, surtout chez le sujet jeune avec symptômes fluctuants. Une ponction lombaire s’impose lorsque la clinique et l’IRM évoquent une SEP, une méningo‑encéphalite, une encéphalite auto‑immune ou une vasculite du système nerveux central. Un bilan immunologique (AQP4, MOG, anticorps neuronaux) est approprié devant des lésions FLAIR atypiques, une névrite optique sévère, ou un tableau limbique subaigu. À l’inverse, un sujet de 75 ans hypertendu avec quelques hypersignaux périventriculaires Fazekas 1, sans trouble de la marche ni plainte cognitive, relèvera surtout d’une prévention vasculaire renforcée et d’une simple surveillance clinique.