flexum-du-genou-causes-et-traitements

Un genou qui ne se tend plus complètement change la façon de marcher, de monter les escaliers, voire de se tenir debout. Le flexum du genou n’est pas seulement une gêne articulaire : il modifie toute la posture, surcharge le dos et la hanche, et peut, à terme, devenir irréversible si rien n’est fait. Que vous soyez patient, kinésithérapeute, médecin du sport ou coach, comprendre ce mécanisme permet d’agir tôt, de cibler la rééducation et d’éviter des séquelles durables. Le genou est une articulation stratégique, supportant jusqu’à 3 à 5 fois le poids du corps lors de la marche rapide : une perte de quelques degrés d’extension suffit à dégrader l’équilibre global et les performances.

Définition du flexum du genou : limitation de l’extension, classification et diagnostic clinique

Le flexum du genou se définit par une incapacité à obtenir l’extension complète de l’articulation. En position debout, le genou reste en légère flexion, parfois de seulement 5 à 10°, mais ces quelques degrés transforment la biomécanique. Sur le plan clinique, le flexum peut être réductible (corrigeable par la rééducation et les mobilisations) ou fixé (lié à des rétractions ou à des blocages osseux ou fibreux). Les classifications les plus utilisées distinguent habituellement les flexums légers (moins de 10°), modérés (10 à 20°) et sévères (plus de 20°), seuil au-delà duquel la marche devient très coûteuse en énergie.

Le diagnostic est d’abord clinique : le praticien observe la station debout, la marche, et compare les deux genoux. En décubitus dorsal, jambe relâchée, l’examinateur tente de plaquer le creux du genou sur la table. Si un espace persiste, l’angle entre la cuisse et la jambe correspond à l’angle de flexum. Cette limitation d’extension s’accompagne souvent d’une inhibition du muscle quadriceps, de contractures des ischio-jambiers et d’une attitude antalgique. Pour beaucoup de patients, la douleur n’est pas toujours maximale au niveau du genou lui-même, mais dans le mollet, la cuisse ou le bas du dos.

Sur le plan fonctionnel, même un petit manque d’extension peut déjà poser problème à la course, à la descente d’escaliers ou lors d’activités sportives impliquant des phases d’appui unipodal prolongé. Dans la pratique clinique quotidienne, un flexum supérieur à 5° après chirurgie ou traumatisme est déjà considéré comme un facteur de mauvais pronostic fonctionnel si vous ne récupérez pas rapidement. C’est pourquoi la rééducation précoce de l’extension du genou est systématiquement recommandée dans les protocoles modernes de prise en charge.

Principales causes du flexum du genou : traumatiques, dégénératives, neurologiques et iatrogènes

Flexum post-traumatique du genou : fractures articulaires, ruptures ligamentaires (LCA, LCP, LLI, LLE) et adhérences capsulaires

Le flexum post-traumatique du genou est fréquent après entorse grave, fracture intra-articulaire ou rupture des ligaments (notamment LCA et LCP). Après le traumatisme, un phénomène de « protection » se met en place : les ischio-jambiers se contractent de manière réflexe pour stabiliser l’articulation, tandis que le quadriceps se met en inhibition réflexe. Vous ressentez alors un blocage à l’extension, parfois associé à un épanchement intra-articulaire et à une douleur vive en fin d’amplitude. Si cette situation perdure, la capsule articulaire cicatrise en position raccourcie et des adhérences se forment, transformant un flexum réductible en raideur vraie.

Les fractures du plateau tibial, les fractures condyliennes et certaines lésions méniscales (anse de seau) créent aussi un obstacle mécanique à l’extension : un fragment osseux, cartilagineux ou méniscal empêche le genou de se tendre. Dans ces cas, la rééducation seule ne suffit pas ; une exploration arthroscopique ou un traitement chirurgical peut être nécessaire pour lever l’obstacle, avant de travailler intensivement l’extension. Les données récentes montrent qu’en post-fracture, l’absence de récupération de l’extension dans les 3 premiers mois augmente significativement le risque de séquelles fonctionnelles à 1 an.

Gonarthrose et arthrose fémoro-patellaire : raccourcissement capsulo-ligamentaire et flexum douloureux chronique

Dans la gonarthrose, la dégradation progressive du cartilage s’accompagne de la formation d’ostéophytes, d’un épaississement de la capsule et d’une inflammation chronique. L’articulation devient douloureuse en extension complète, ce qui pousse le patient à garder le genou légèrement fléchi pour soulager la douleur. Cette attitude antalgique répétée entraîne à moyen terme un raccourcissement capsulo-ligamentaire et un flexum du genou chronique, parfois irréductible sans traitement agressif. On estime qu’en France, plus de 30 % des patients candidats à une prothèse totale de genou présentent un flexum significatif au moment de l’indication chirurgicale.

L’arthrose fémoro-patellaire contribue également au flexum douloureux. La pression entre la rotule et la trochlée augmente en extension complète ; en restant fléchi, vous diminuez cette pression mais surchargez les muscles postérieurs et la hanche. À long terme, ce cercle vicieux se traduit par une diminution de la marche, une perte de force musculaire et une altération nette de la qualité de vie. Les scores fonctionnels comme le WOMAC ou le KOOS montrent souvent une baisse de plus de 40 % chez les patients ayant un flexum arthrosique supérieur à 10° par rapport à ceux qui conservent une extension complète.

Flexum du genou d’origine neurologique : spasticité (AVC, sclérose en plaques, paralysie cérébrale) et atteinte pyramidale

Les atteintes neurologiques centrales (AVC, sclérose en plaques, traumatisme crânien, paralysie cérébrale) s’accompagnent fréquemment de spasticité des muscles fléchisseurs du genou. Les ischio-jambiers et parfois le triceps sural se contractent de manière excessive et incontrôlable, maintenant le genou en flexion. L’atteinte du faisceau pyramidal perturbe la commande volontaire et favorise des schémas de marche pathologiques (steppage, fauchage, appui sur l’avant-pied). Dans ces situations, le flexum est à la fois musculaire, capsulaire et parfois osseux si les troubles durent depuis l’enfance.

La gestion de ces flexums neurologiques nécessite une approche multidisciplinaire : neurologue, médecin de Médecine Physique et de Réadaptation, kinésithérapeute, orthoprothésiste. Les études récentes en neuro-rééducation montrent que la combinaison de toxine botulique, de travail intensif d’étirement et d’orthèses d’extension peut améliorer de 5 à 15° l’extension du genou chez des patients spastiques, avec un impact direct sur la vitesse de marche et la dépense énergétique. La répétition quotidienne des postures d’extension et des exercices de contrôle neuromoteur est ici déterminante.

Rétractions musculaires et tendineuses : ischio-jambiers, triceps sural, tendon quadricipital et pathologie du psoas

Les rétractions de la chaîne musculaire postérieure jouent un rôle majeur dans l’apparition d’un flexum du genou, surtout chez les sujets peu actifs ou après des périodes d’immobilisation prolongée. Les ischio-jambiers raccourcis tirent le tibia vers l’arrière et limitent l’extension, en particulier lorsque la hanche est fléchie. Le triceps sural (gastrocnémien et soléaire) intervient aussi : un raccourcissement du gastrocnémien, traversant à la fois le genou et la cheville, empêche l’extension complète surtout lorsque la cheville est en dorsiflexion.

Le tendon quadricipital et le rétinaculum fémoro-patellaire peuvent de leur côté se fibroscler après traumatismes, contusions ou chirurgie, limitant la mobilité patellaire et rendant douloureuse l’extension active. Enfin, une atteinte du muscle psoas-iliaque, souvent méconnue, provoque une flexion de hanche persistante, qui, par compensation, amène le genou à rester fléchi. Pour beaucoup de patients, travailler uniquement le genou sans traiter la hanche et la cheville ne suffit donc pas à corriger complètement le flexum.

Flexum iatrogène après chirurgie du genou : prothèse totale (PTG), ligamentoplastie du LCA, méniscectomie et immobilisation plâtrée

Le flexum iatrogène survient après intervention chirurgicale ou immobilisation. Après ligamentoplastie du LCA, la douleur, l’œdème et l’appréhension incitent souvent à garder le genou fléchi, d’autant que le quadriceps est inhibé (phénomène d’arthrogenic muscle inhibition). Sans travail précoce d’extension, un flexum post-opératoire peut se constituer très rapidement, parfois en quelques jours. Après prothèse totale de genou, un flexum pré-existant mal corrigé pendant l’opération ou une cicatrisation en flexion de la capsule postérieure expose à une raideur persistante très handicapante.

L’immobilisation plâtrée en position légèrement fléchie, longtemps pratiquée pour les entorses graves, migre aujourd’hui vers des attelles articulées réglables précisément en extension. Cette évolution est liée à un constat clair : plus de 50 % des patients plâtrés en flexion prolongée développaient un manque d’extension à la dépose, parfois long à récupérer. Dans les services de chirurgie orthopédique modernes, l’objectif est donc désormais très explicite : récupérer l’extension complète avant même de chercher à gagner en flexion, afin de sécuriser la marche et d’éviter la boiterie prolongée.

Bilan clinique et imagerie du flexum de genou : évaluation de la mobilité, de la douleur et des structures anatomiques

Mesure de l’angle de flexum au goniomètre : protocole standardisé en décubitus dorsal et en charge

La mesure précise de l’angle de flexum au goniomètre est indispensable pour suivre l’évolution et évaluer l’efficacité d’un traitement. En décubitus dorsal, le bassin est stabilisé, la hanche en position neutre et la cheville relâchée. Le bras fixe du goniomètre suit l’axe fémoral (repère grand trochanter), le bras mobile l’axe tibial (repère malléole externe). L’examinateur pousse doucement le genou vers l’extension maximale indolore ; l’angle relevé entre le segment jambe et une extension théorique à 0° représente le déficit d’extension. En position debout, la mesure en charge complète les données en reflétant la réalité fonctionnelle de la marche.

Un protocole standardisé permet de comparer les consultations successives et entre praticiens. L’angle de flexum est souvent mesuré à chaque séance de kinésithérapie dans les mois suivant une chirurgie du genou. Dans les études cliniques, un gain de 5° d’extension est déjà considéré comme cliniquement significatif, notamment en post-PTG. Pour vous, visualiser noir sur blanc ces degrés qui diminuent au fil des semaines est aussi très motivant, surtout lorsque la rééducation vous semble longue et exigeante.

Tests musculaires et d’extensibilité : ischio-jambiers, quadriceps, gastrocnémien (test de silfverskiöld) et chaîne postérieure

Les tests musculaires manuels et d’extensibilité identifient la part musculaire dans le flexum du genou. Le testing des ischio-jambiers en décubitus ventral, genou fléchi à 90°, permet d’apprécier la force et la douleur. Des tests d’étirement (élévation de jambe tendue, test de poplite serré) quantifient la raideur de la chaîne postérieure. Pour le triceps sural, le test de Silfverskiöld compare la dorsiflexion de la cheville genou fléchi puis genou tendu : une limitation marquée seulement genou en extension signe un raccourcissement du gastrocnémien, directement impliqué dans le flexum.

Le quadriceps est évalué en force isométrique (contraction en extension assise ou couchée) et en endurance. Une faiblesse notable du vaste médial oblique (VMO) est fréquente après traumatisme ou chirurgie, favorisant la boiterie et la perte de verrouillage du genou. L’évaluation de la chaîne lombo-pelvi-fémorale complète le bilan, car une bascule antérieure du bassin ou une flexion de hanche persistante accentue l’apparition d’un flexum compensateur. Sans ce bilan global, vous risquez de travailler uniquement sur le genou, en laissant intacts les facteurs à l’origine du manque d’extension.

Radiographie standard, scanner et IRM du genou : analyse des ostéophytes, géodes, conflits osseux et fibrose intra-articulaire

Les examens d’imagerie apportent des informations complémentaires cruciales. La radiographie standard (face, profil, défilés fémoro-patellaires) met en évidence ostéophytes, pincement articulaire, déformations axiales et signes d’arthrose évoluée. Sur un profil strict, un ostéophyte antérieur volumineux ou un accrochage fémoro-tibial peut expliquer un blocage d’extension mécanique. Le scanner est utile pour analyser les consolidations de fractures, les malpositions d’implants ou les conflits osseux complexes.

L’IRM visualise les tissus mous : ménisques, ligaments, cartilage, mais aussi fibrose intra-articulaire et cyclope lésionnel après ligamentoplastie du LCA. Des études montrent que la présence d’un nodule fibro-cartilagineux antérieur (lésion en cyclops) est associée à un flexum résistant malgré une bonne rééducation, justifiant souvent une arthrolyse arthroscopique. Pour le praticien comme pour vous, l’imagerie permet donc de distinguer un flexum purement fonctionnel, accessible à la kinésithérapie seule, d’un flexum à composante mécanique ou cicatricielle nécessitant un geste complémentaire.

Évaluation fonctionnelle : score IKDC, score WOMAC, score KOOS et impact sur la marche et la montée d’escaliers

Au-delà des degrés de flexum, l’impact sur la vie quotidienne se mesure grâce à des scores validés comme l’IKDC, le WOMAC ou le KOOS. Ces questionnaires évaluent la douleur, la raideur, la capacité à marcher, monter et descendre les escaliers, s’accroupir, courir ou sauter. Les recherches récentes montrent une corrélation nette entre la perte d’extension du genou et la diminution de ces scores : chaque 5° de flexum supplémentaire réduirait d’environ 8 à 10 % les performances fonctionnelles rapportées par les patients.

Concrètement, les patients avec flexum modéré décrivent souvent une difficulté à maintenir la station debout prolongée, des fatigues musculaires rapides et une limitation des loisirs (randonnée, danse, jardinage). Les flexums sévères imposent parfois l’utilisation d’une canne ou d’une aide à la marche et augmentent le risque de chute chez le sujet âgé. Pour optimiser la récupération, suivre ces scores au cours du traitement aide à ajuster l’intensité de la rééducation et à objectiver les progrès, ce qui renforce l’adhésion au programme thérapeutique.

Traitement kinésithérapeutique du flexum du genou : protocoles de rééducation et techniques manuelles spécialisées

Mobilisations passives et actives en extension : techniques de kaltenborn, maitland et travail en chaîne cinétique fermée

La kinésithérapie constitue le pilier du traitement du flexum du genou, surtout lorsqu’il est encore réductible. Les mobilisations passives selon Kaltenborn (tractions et glissements spécifiques) visent à décomprimer l’articulation et à assouplir la capsule postérieure. Les techniques Maitland, basées sur des oscillations graduées en fin d’amplitude, permettent d’augmenter progressivement l’extension tout en modulant la douleur. Sur le plan pratique, le genou est souvent positionné avec le talon surélevé, laissant le creux poplité libre pour favoriser le gain d’extension.

Les mobilisations actives-assistées encouragent ensuite le patient à participer activement : vous êtes guidé pour contracter le quadriceps pendant que le kiné maintient le genou proche de l’extension maximale. Le travail en chaîne cinétique fermée (pied posé au sol ou sur une plate-forme) permet de réintégrer rapidement l’extension dans un schéma fonctionnel de mise en charge, par exemple lors de mini-fentes avant ou de montées de marche contrôlées. Dans la majorité des protocoles post-opératoires modernes, ces mobilisations en extension démarrent dès les premiers jours, avec une fréquence quotidienne recommandée.

Étirements spécifiques des ischio-jambiers et du triceps sural : PNF (contracté-relâché), étirements actifs et auto-étirements

Les étirements ciblés de la chaîne postérieure sont incontournables pour corriger un flexum d’origine musculaire. La technique PNF « contracté-relâché » consiste à placer le muscle en étirement doux, à demander une contraction isométrique de quelques secondes, puis à relâcher pour gagner un peu plus d’amplitude. Appliquée aux ischio-jambiers, cette méthode permet souvent de gagner 5 à 10° d’extension en quelques semaines si vous pratiquez les exercices quotidiennement. Les étirements du triceps sural se font genou tendu pour cibler le gastrocnémien et genou fléchi pour le soléaire.

Les auto-étirements à domicile prolongent le travail de la séance. Assis sur une chaise, talon posé sur une autre chaise, vous laissez le genou se détendre en extension, parfois avec un léger poids distal. En position couchée, une sangle autour du pied permet de maintenir la jambe proche de l’extension complète. L’important est la durée : des maintiens de 30 à 60 secondes, répétés plusieurs fois par jour, sont plus efficaces que des tirages brefs et douloureux. Beaucoup de patients sous-estiment ce travail de fond alors qu’il conditionne largement le résultat final.

Renforcement ciblé du quadriceps (VMO) et des fessiers : travail excentrique, isométrique et contrôle neuromusculaire

Sans quadriceps fort et réactif, aucune extension stable n’est possible. Le renforcement musculaire débute très tôt par des contractions isométriques en extension : « écrase-coussin » sous le genou, maintien de la jambe tendue, verrouillage du genou en position debout. Le vaste médial oblique (VMO) est particulièrement visé, car il participe au centrage de la rotule et au verrouillage terminal. Progressive, la rééducation intègre ensuite des exercices excentriques (descente contrôlée de marches, squats partiels) qui renforcent la résistance musculaire en phase d’allongement.

Les fessiers, en particulier le moyen fessier, jouent un rôle de stabilisateurs latéraux indispensables. Un flexum du genou mal contrôlé s’accompagne souvent d’une chute du bassin à la marche et d’une surcharge du compartiment interne du genou. Travailler la hanche (pas chassés avec élastique, montées latérales de marche, ponts fessiers) fait donc partie intégrante du protocole. Sur le plan neuromusculaire, des exercices de contrôle moteur (équilibre sur une jambe, pas en avant avec genou bien verrouillé) rééduquent votre capacité à tendre et à garder le genou stable à chaque pas.

Utilisation d’orthèses d’extension progressive (dynasplints) et attelles nocturnes pour correction du flexum

Dans certains cas, notamment après chirurgie ou en présence de rétractions capsulaires débutantes, des orthèses d’extension progressive sont prescrites. Ces dispositifs, de type dynasplints, exercent une force douce et prolongée vers l’extension, ajustable en fonction de la tolérance. Portées plusieurs heures par jour, elles complètent le travail de kinésithérapie et permettent parfois de gagner quelques précieux degrés sans recourir immédiatement à une chirurgie de libération.

Les attelles nocturnes, maintenant le genou proche de l’extension tout au long du sommeil, évitent le retour en flexion réflexe pendant la nuit. L’enjeu, pour vous, est d’accepter ce port prolongé et parfois inconfortable, en comprenant que le temps d’étirement cumulé est un facteur majeur de succès. Les études montrent qu’un temps de mise en tension capsulaire supérieure à 6 heures par jour (rééducation + orthèse) augmente significativement les chances de corriger un flexum réductible, en particulier chez les patients arthrosiques ou post-opératoires récents.

Réentraînement à la marche et à la posture : correction de la bascule pelvienne, schémas de marche et prévention des compensations lombaires

Une fois un certain degré d’extension récupéré, le réentraînement à la marche et à la posture devient prioritaire. Marcher genou plié entretient la douleur et la faiblesse musculaire. Le kinésithérapeute vous apprend à « verrouiller » le genou en extension, à avancer le bassin au-dessus du pied d’appui et à éviter les appuis fuyants. Cette marche « jambe raide » est transitoire mais très efficace pour rompre le cercle vicieux de la boiterie, surtout après opération du ligament croisé antérieur ou pose de prothèse.

La correction de la bascule pelvienne et l’alignement lombo-pelvi-fémoral sont également travaillés : un bassin en antéversion excessive favorise la flexion de genou, tandis qu’une lordose lombaire de compensation expose à des lombalgies chroniques. Des exercices devant miroir, sur tapis de marche ou en piscine permettent de réapprendre un schéma de marche fluide, avec genou qui se tend bien à chaque pas. L’objectif est clair : transformer le nouveau gain d’extension en automatisme fonctionnel et non en simple performance de table d’examen.

Options médicales et chirurgicales dans le traitement du flexum du genou sévère

Infiltrations intra-articulaires de corticoïdes et d’acide hyaluronique dans la gonarthrose avec flexum

Dans les flexums associés à une arthrose évoluée, la douleur et l’inflammation constituent souvent le frein principal à la rééducation. Les infiltrations intra-articulaires de corticoïdes peuvent alors réduire rapidement l’inflammation synoviale, diminuer l’épanchement et permettre de travailler plus intensément l’extension. Leur effet est cependant transitoire (quelques semaines à quelques mois) et leur répétition doit rester limitée, notamment en raison du risque d’accélérer la dégradation cartilagineuse si le nombre d’infiltrations dépasse 3 à 4 par an.

Les injections d’acide hyaluronique (viscosupplémentation) visent davantage la lubrification articulaire et peuvent améliorer la douleur sur plusieurs mois, surtout chez les patients encore jeunes ou à arthrose modérée. Les méta-analyses récentes montrent une amélioration significative, mais modérée, de la douleur et de la fonction à 6 mois, comparée au placebo. Pour vous, l’enjeu est d’utiliser cette fenêtre de moindre douleur pour investir pleinement dans la kinésithérapie, car sans travail actif d’extension et de renforcement, aucune infiltration ne corrige à elle seule un flexum du genou.

Neuromodulation et toxine botulique (botox) dans les flexums spastiques d’origine neurologique

Dans les flexums d’origine neurologique, la toxine botulique de type A (Botox) injectée dans les muscles spastiques (ischio-jambiers, gastrocnémien) diminue temporairement l’hypertonie. Cet effet, durant 3 à 4 mois, crée une fenêtre thérapeutique idéale pour intensifier les étirements, le travail postural et la reprogrammation neuromusculaire. Les études en rééducation neurologique montrent qu’associée à un protocole structuré de kinésithérapie, la toxine permet un gain d’extension et de vitesse de marche significatif, avec une baisse de la consommation énergétique lors de la marche.

D’autres techniques de neuromodulation, comme la stimulation électrique fonctionnelle (FES) ou la stimulation transcrânienne, sont en plein développement et constituent des pistes prometteuses pour optimiser le contrôle moteur des membres inférieurs après AVC ou lésion médullaire. L’association de ces approches innovantes avec les méthodes classiques (orthèses, postures, étirements) ouvre des perspectives intéressantes pour réduire l’installation de flexums irréductibles chez des patients jeunes à potentiel de récupération important.

Libération arthroscopique des adhérences et arthrolyse pour raideur post-opératoire du genou

Lorsque le flexum persiste malgré plusieurs mois de rééducation intensive, en particulier après chirurgie, une libération arthroscopique (arthrolyse) peut être discutée. Ce geste consiste à sectionner les brides fibreuses, à retirer les nodules de fibrose (cyclops), à libérer la capsule postérieure et, si nécessaire, à régulariser les ostéophytes ou les conflits mécaniques. Réalisée sous arthroscopie, cette intervention est moins invasive qu’une chirurgie ouverte et permet souvent un gain immédiat de plusieurs degrés d’extension.

Le succès de l’arthrolyse dépend toutefois d’un élément clé : la rééducation post-opératoire immédiate. Si vous ne mobilisez pas intensément le genou en extension dès les premières heures qui suivent l’intervention, le risque de re-fibrose est élevé. Les protocoles combinent généralement mobilisations passives continues (CPM), orthèses d’extension, glaçage intensif et mobilisation active assistée plusieurs fois par jour. L’expérience clinique montre que ce type de prise en charge offre ses meilleurs résultats lorsque l’arthrolyse est réalisée dans les 6 à 12 mois suivant le geste initial.

Ostéotomie tibiale de valgisation et prothèse totale de genou (PTG) dans les flexums arthrosiques irréductibles

Dans les flexums arthrosiques sévères, associés à une déformation axiale (genu varum ou valgum marqué) et à une usure avancée, la simple kinésithérapie ne suffit plus. L’ostéotomie tibiale de valgisation, indiquée surtout chez le sujet actif de moins de 60 ans avec atteinte unicompartimentale interne, permet de réaligner l’axe du membre inférieur, de décharger le compartiment usé et parfois de réduire partiellement le flexum. Cette chirurgie conserve l’articulation mais demande un suivi radiologique et fonctionnel attentif.

La prothèse totale de genou (PTG) reste l’option de référence pour les gonarthroses tri-compartimentales avec flexum important, surtout chez les patients plus âgés ou très limités fonctionnellement. Le chirurgien corrige alors l’axe, remplace les surfaces articulaires lésées et libère la capsule postérieure. Toutefois, si le flexum pré-opératoire dépasse 20°, le risque de flexum résiduel après PTG est significativement plus élevé. D’où l’importance, lorsque cela est possible, de réduire au maximum ce manque d’extension en pré-opératoire par un programme de « préhabilitation » associant étirements, renforcement et travail de posture.

Type de flexum Cause principale Traitement prioritaire
Post-traumatique récent Entorse, fracture, chirurgie ligamentaire Rééducation précoce + contrôle de la douleur
Arthrosique chronique Gonarthrose, ostéophytes, capsule rétractée Kinésithérapie + infiltrations ± chirurgie (PTG)
Neurologique spastique AVC, SEP, paralysie cérébrale Toxine botulique + orthèses + rééducation intensive
Post-opératoire rebelle Fibrose, cyclops, immobilisation Arthrolyse arthroscopique + rééducation immédiate

Prévention, récupération fonctionnelle et pronostic du flexum du genou à long terme

La prévention du flexum du genou repose d’abord sur la gestion précoce des traumatismes et des chirurgies. Après entorse ou intervention, la tentation est grande de garder le genou fléchi, un coussin sous le creux poplité, car cette position semble plus confortable. Pourtant, cette attitude est l’un des principaux facteurs de risque de raideur. Installer la jambe en extension plusieurs fois par jour, même quelques minutes, et commencer très tôt les exercices de verrouillage du genou en position allongée ou assise joue un rôle déterminant. Le principe est simple : une articulation utilisée en pleine amplitude garde cette amplitude.

Sur le long terme, le pronostic d’un flexum dépend du délai de prise en charge, de la cause et de la qualité de la rééducation. Un flexum léger, traité dans les premières semaines avec un protocole intensif, a de fortes chances de disparaître quasiment complètement. À l’inverse, un flexum ancien, installé depuis plus de deux ans, s’accompagne souvent de rétractions irréversibles des ischio-jambiers et d’une fibrose capsulaire dense. L’objectif thérapeutique devient alors surtout fonctionnel : réduire la douleur, améliorer la marche et limiter les compensations lombaires, plutôt que d’espérer une extension anatomique parfaite.

Un dernier point essentiel concerne votre implication personnelle. Les meilleurs protocoles de kinésithérapie ou les chirurgies les plus sophistiquées ne remplacent pas la régularité des exercices à domicile, la vigilance sur la posture quotidienne (éviter la position assise jambe fléchie prolongée, étirer régulièrement la chaîne postérieure), et l’entretien musculaire global (quadriceps, fessiers, tronc). Entretenir un poids corporel adapté, pratiquer une activité physique adaptée comme la marche, l’aquagym ou le vélo avec réglage de selle suffisamment haut limite les contraintes et participe à prévenir l’apparition ou la récidive d’un flexum du genou, en particulier chez les personnes à risque d’arthrose ou ayant des antécédents traumatiques répétés.