
Sentir ses jambes se dérober, avoir la tête qui tourne, marcher comme sur un bateau… Ces sensations déstabilisantes inquiètent très vite, et à juste titre. Faiblesse des jambes et vertiges peuvent traduire un simple coup de fatigue, mais aussi être l’un des premiers signes d’une atteinte neurologique, vestibulaire, cardiovasculaire ou métabolique. Sans dramatiser, ignorer ces signaux du corps expose à un risque de chute, de perte d’autonomie ou de retard diagnostique pour des maladies qui nécessitent un traitement rapide. Comprendre ce que signifient ces symptômes, apprendre à repérer les signes d’alerte et savoir quand consulter en urgence vous aide à reprendre du contrôle sur votre santé et à orienter le plus efficacement possible la prise en charge médicale.
Symptômes de faiblesse des jambes et vertiges : caractéristiques cliniques à ne pas confondre
Différencier vertige rotatoire, étourdissement, lipothymie et instabilité posturale
Le terme « vertige » est souvent utilisé pour tout malaise, alors qu’il recouvre des réalités très différentes. Un vertige rotatoire correspond à une sensation de rotation de soi ou de l’environnement, comme si la pièce tournait. Ce symptôme évoque avant tout une atteinte de l’oreille interne ou des voies vestibulaires centrales. À l’inverse, l’étourdissement ou « tête légère » donne plutôt une impression de flou, de flottement, sans véritable impression de rotation, fréquente dans l’hypotension, l’anxiété ou la fatigue extrême.
La lipothymie est la sensation de malaise avec impression de perte de connaissance imminente, sueurs, nausées, jambes en coton, typique d’une baisse de perfusion cérébrale (hypotension, trouble du rythme cardiaque). Enfin, l’instabilité posturale désigne la difficulté à tenir en équilibre, souvent majorée à la marche ou les yeux fermés, qui oriente vers un trouble de l’équilibre (vestibulaire, cérébelleux, proprioceptif). Identifier précisément ce que vous ressentez constitue une première étape essentielle du diagnostic.
Identifier une véritable faiblesse musculaire des membres inférieurs (échelle de daniels, testing musculaire)
« Jambes molles », « jambes en coton », « impression de faiblesse » ne signifient pas toujours une perte de force réelle. Le médecin ou le kinésithérapeute évalue la force musculaire à l’aide d’un testing musculaire, souvent selon l’échelle de Daniels graduée de 0 à 5. Un score à 5 correspond à une force normale contre résistance, un score à 3 à un mouvement possible uniquement contre la gravité, et un score à 0 à une paralysie complète.
Pour vous, la nuance importe : une véritable faiblesse musculaire objectivée au testing oriente vers une atteinte neurologique ou musculaire (neuropathie, myopathie, atteinte médullaire), quand une sensation subjective de jambes instables avec force conservée évoque plutôt un vertige, une hypotension, une crise d’angoisse ou une fatigue extrême. Lors de la consultation, décrire si vous parvenez à vous lever d’une chaise sans les mains, à monter des escaliers ou à marcher sur la pointe des pieds aide énormément à préciser la nature du déficit.
Signes d’alerte neurologiques associés : diplopie, dysarthrie, troubles de la marche, paresthésies
Faiblesse des jambes et vertiges deviennent particulièrement préoccupants lorsqu’ils s’associent à des signes neurologiques centraux. Une diplopie (vision double), une dysarthrie (difficulté à articuler), une asymétrie du visage, une chute brutale d’un bras ou d’une jambe, des troubles de la marche soudains ou des paresthésies (fourmillements, engourdissements) orientent vers une atteinte du cerveau, du tronc cérébral ou de la moelle épinière.
Tout déficit neurologique brutal, surtout s’il touche un seul côté du corps ou s’accompagne de troubles de la parole ou de la vision, doit être considéré comme un AVC potentiel jusqu’à preuve du contraire.
Dans ce contexte, un appel immédiat au SAMU (15) est indispensable. Le délai entre le début des symptômes et la prise en charge conditionne fortement le pronostic fonctionnel, notamment pour l’AVC ischémique où la fenêtre thérapeutique de thrombolyse est limitée à quelques heures.
Quand la faiblesse des jambes survient à l’effort, au lever ou au repos : pistes diagnostiques
Le moment d’apparition joue un rôle clé. Une faiblesse des jambes qui survient au lever, avec vertiges et vision trouble, évoque une hypotension orthostatique ou un trouble cardiovasculaire. Si les symptômes se déclenchent plutôt à l’effort (marche prolongée, montée d’escaliers) et régressent au repos, une pathologie cardiaque (sténose aortique, insuffisance cardiaque) ou vasculaire périphérique (artériopathie des membres inférieurs) est à envisager.
À l’inverse, une faiblesse permanente au repos, surtout si elle progresse sur plusieurs semaines, oriente davantage vers une maladie neuromusculaire (myopathie, neuropathie, myasthénie) ou une pathologie métabolique chronique (hypothyroïdie, anémie). L’évolution temporelle (brutale, subaiguë, chronique) aide également à hiérarchiser les causes possibles.
Causes neurologiques centrales : AVC, sclérose en plaques, myélopathies et atteintes du tronc cérébral
AVC ischémique ou hémorragique de la fosse postérieure : vertiges, ataxie, faiblesse des jambes (IRM cérébrale)
Un accident vasculaire cérébral touchant le cervelet ou le tronc cérébral peut se manifester principalement par des vertiges intenses, une ataxie (marche ébrieuse, comme alcoolisée), une faiblesse des jambes et des troubles de la coordination. Selon les études européennes les plus récentes, environ 20 % des AVC concernent la fosse postérieure, et une part significative est initialement prise à tort pour un simple vertige bénin.
L’IRM cérébrale en séquence de diffusion est l’examen de référence pour confirmer le diagnostic. En cas de vertiges soudains, impossibilité de marcher droit, nausées importantes, céphalées inhabituelles ou troubles visuels associés, la règle reste claire : appel d’urgence au 15. Une prise en charge rapide en unité neurovasculaire améliore nettement les chances de récupération.
Sclérose en plaques (SEP) : poussée médullaire, spasticité des membres inférieurs, vertiges d’origine centrale
La sclérose en plaques est une maladie inflammatoire démyélinisante du système nerveux central qui peut toucher le cerveau, le tronc cérébral et la moelle épinière. Une poussée médullaire (lésion de la moelle) se manifeste souvent par une lourdeur, une faiblesse progressive des jambes, des fourmillements ascendantes et parfois des troubles urinaires. La marche devient raide, spastique, avec une sensation de jambes « qui ne répondent plus ».
Des vertiges centraux, une vision double ou une baisse brutale de la vision d’un œil (névrite optique) peuvent inaugurer la maladie. L’IRM cérébrale et médullaire met en évidence des plaques de démyélinisation. Un traitement de fond permet aujourd’hui, grâce aux biothérapies, de réduire significativement la fréquence des poussées et la progression du handicap, ce qui rend le diagnostic précoce particulièrement stratégique.
Myélopathie cervicale ou thoracique (compression médullaire, hernie discale, tumeur) et troubles de la marche
Une compression de la moelle épinière au niveau cervical ou thoracique (myélopathie) provoque fréquemment une faiblesse progressive des jambes, associée à une marche instable, des chutes inexpliquées, parfois des douleurs cervicales ou dorsales. Les causes incluent hernie discale, canal rachidien étroit, tumeur médullaire ou métastase vertébrale.
Un signe d’alerte caractéristique est la difficulté à effectuer des gestes fins avec les mains (boutonner, écrire) associée à des jambes raides et à des troubles urinaires. L’IRM médullaire permet de localiser précisément la compression. Dans beaucoup de cas, un geste neurochirurgical ou une prise en charge spécialisée permet de stopper l’évolution et parfois d’améliorer les symptômes si l’atteinte est prise à temps.
Atteinte du tronc cérébral et du cervelet : syndrome vestibulaire central, nystagmus, instabilité grave
Les lésions du tronc cérébral et du cervelet (AVC, tumeur, malformation, sclérose en plaques) provoquent un syndrome vestibulaire central. Les vertiges sont souvent sévères, continus, accompagnés d’un nystagmus atypique (mouvements oculaires involontaires), de troubles de la parole, d’une asymétrie faciale ou d’un déficit moteur. L’instabilité peut être telle que la station debout devient impossible sans aide.
Un vertige isolé ne relève pas toujours de l’ORL : en présence de signes neurologiques associés, une origine centrale doit être envisagée et explorée en priorité.
L’examen clinique spécialisé distingue un syndrome vestibulaire périphérique (plutôt bénin, lié à l’oreille interne) d’un syndrome central, potentiellement grave. Là encore, l’IRM cérébrale est l’outil d’imagerie incontournable pour préciser l’étiologie.
Maladies neurodégénératives (parkinson, atrophie multi-systématisée) et chute de la tonicité des jambes
Dans la maladie de Parkinson et d’autres syndromes parkinsoniens (atrophie multi-systématisée, paralysie supranucléaire progressive), la sensation de faiblesse des jambes résulte moins d’une perte de force que d’une raideur, d’une lenteur du mouvement et de troubles posturaux. Le patient décrit souvent des « pieds collés au sol », des blocages de la marche, des chutes vers l’avant ou sur le côté.
Avec l’évolution, une hypotension orthostatique liée à une dysautonomie se surajoute fréquemment, entraînant vertiges au lever et jambes molles. L’association d’une marche à petits pas, d’un tremblement de repos et d’une hypomimie faciale doit faire envisager un avis neurologique pour confirmer le diagnostic et adapter le traitement dopaminergique, la kinésithérapie et les mesures de prévention des chutes.
Atteintes périphériques : neuropathies, myopathies et troubles de la jonction neuromusculaire
Neuropathies périphériques (diabète, alcool, carence en vitamine B12) et sensation de jambes « en coton »
Les neuropathies périphériques atteignent les nerfs des membres, en particulier des jambes. Les causes les plus fréquentes sont le diabète déséquilibré, l’alcoolisme chronique, la carence en vitamine B12 ou certaines chimiothérapies. Vous pouvez ressentir des fourmillements, des brûlures, une perte de sensibilité plantaire, une instabilité dans l’obscurité et une impression de « marcher sur du coton ».
Cette atteinte de la proprioception perturbe l’information sur la position des pieds, ce qui explique les troubles de l’équilibre. Les examens incluent un bilan sanguin (glycémie, vitamine B12) et un examen neurophysiologique (ENMG). Une prise en charge précoce du diabète ou de la carence vitaminique limite la progression et améliore parfois les symptômes.
Myopathies inflammatoires (polymyosite, dermatomyosite) : douleurs musculaires, faiblesse proximale et difficulté à se lever
Les myopathies inflammatoires se traduisent par une faiblesse musculaire surtout proximale : difficulté à se relever d’une chaise, à monter les escaliers, à se coiffer ou à porter des charges. La douleur musculaire est fréquente, avec parfois une élévation importante des enzymes musculaires (CPK) dans le sang.
Des éruptions cutanées caractéristiques orientent vers une dermatomyosite. Ces pathologies auto-immunes nécessitent une prise en charge spécialisée (rhumatologue, interniste, neurologue) et un traitement immunosuppresseur ou corticoïde. Sans traitement, la faiblesse des membres inférieurs peut devenir sévère et durable, d’où l’intérêt d’un diagnostic précoce en cas de symptômes persistants.
Syndrome de Guillain-Barré : paralysie ascendante aiguë, aréflexie et risque d’atteinte respiratoire
Le syndrome de Guillain-Barré est une neuropathie aiguë inflammatoire, souvent précédée d’une infection virale ou bactérienne. En quelques jours, une faiblesse ascendante apparaît : jambes lourdes, difficultés à marcher, puis atteinte des bras et parfois des muscles respiratoires. Les réflexes tendineux disparaissent (aréflexie), ce qui est très évocateur.
Ce tableau constitue une urgence vitale. Une hospitalisation en service spécialisé, parfois en réanimation, est nécessaire pour surveiller la fonction respiratoire et cardiaque. Le traitement repose sur les immunoglobulines intraveineuses ou la plasmaphérèse. La majorité des patients récupère progressivement, mais la rééducation motrice est souvent longue.
Myasthénie auto-immune : fatigabilité musculaire fluctuante, diplopie, vertiges fonctionnels associés
La myasthénie auto-immune touche la jonction entre nerf et muscle. La force est normale au départ, mais diminue rapidement à l’effort puis récupère au repos. Vous pouvez noter une chute des paupières en fin de journée, une vision double, des difficultés à mâcher un repas entier, à parler longtemps ou à monter plusieurs étages d’un coup.
Les jambes peuvent sembler faibles après une marche prolongée, donnant une impression d’instabilité ou de « vertiges » fonctionnels, alors que l’équilibre objectif reste conservé. Le dosage des anticorps spécifiques et un test à l’anticholinestérasique confirment le diagnostic. Des traitements ciblés (anticholinestérasiques, immunosuppresseurs, biothérapies) transforment aujourd’hui le pronostic de cette maladie.
Radiculopathies lombaires (sciatique, cruralgie) et déficit moteur segmentaire des membres inférieurs
Les radiculopathies lombaires, comme la sciatique ou la cruralgie, résultent d’une compression d’une racine nerveuse par une hernie discale ou une arthrose vertébrale. Outre la douleur irradiant dans la jambe, un déficit moteur segmentaire peut apparaître : difficulté à marcher sur la pointe des pieds (atteinte S1), sur les talons (atteinte L5), faiblesse pour l’extension du genou (atteinte L3-L4).
Cette perte de force localisée peut être confondue avec une faiblesse globale des jambes. L’examen clinique ciblé, complété si besoin par une IRM lombaire, permet d’identifier la racine atteinte et d’adapter le traitement (rééducation, infiltration, chirurgie selon la gravité et l’évolution).
Pathologies vestibulaires et ORL provoquant vertiges et instabilité à la marche
Vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB) : manœuvre de Dix-Hallpike et instabilité brève des jambes
Le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB) est la cause la plus fréquente de vertige rotatoire. Il survient brutalement lors de certains mouvements de la tête (se coucher, se retourner, se pencher en arrière) et dure quelques secondes, parfois avec nausées. Pendant la crise, les jambes peuvent sembler flageolantes, mais la force reste normale.
Le diagnostic repose sur la manœuvre de Dix-Hallpike, qui déclenche un nystagmus caractéristique. Des manœuvres libératoires (Epley, Sémont) permettent dans la majorité des cas de faire disparaître le vertige en repositionnant les cristaux (otolithes) déplacés dans l’oreille interne. La rééducation vestibulaire est très efficace pour réduire le risque de récidive.
Maladie de ménière : vertiges prolongés, acouphènes, hypoacousie et sensation de vacillement
La maladie de Ménière associe des vertiges rotatoires prolongés (plusieurs dizaines de minutes à heures), des acouphènes, une impression d’oreille bouchée et une baisse d’audition fluctuante. Pendant les crises, la station debout est très difficile, avec jambes qui vacillent et risque de chute. Entre les crises, une instabilité à la marche peut persister.
Selon les données récentes, cette maladie touche environ 0,2 à 0,5 % de la population, avec un pic entre 40 et 60 ans. La prise en charge associe mesures hygiéno-diététiques (réduction du sel), médicaments antivertigineux, parfois injections intratympaniques ou chirurgie dans les formes sévères.
Névrite vestibulaire virale : grand vertige rotatoire aigu, marche impossible, jambes flageolantes
La névrite vestibulaire est une inflammation aiguë du nerf vestibulaire, le plus souvent d’origine virale. Elle se manifeste par un vertige rotatoire massif, permanent, avec nausées, vomissements et impossibilité de tenir debout. Les jambes ne sont pas réellement faibles, mais la sensation est celle d’une incapacité à marcher sans soutien.
Après une phase aiguë de quelques jours, une compensation centrale progressive intervient, mais une instabilité résiduelle peut persister plusieurs semaines. La rééducation vestibulaire précoce améliore nettement la récupération fonctionnelle en stimulant la plasticité du système nerveux.
Labyrinthite, otite interne et complications ORL donnant une sensation de faiblesse des membres
Les infections de l’oreille interne (labyrinthite) ou certaines otites compliquées peuvent affecter à la fois la fonction auditive et vestibulaire. Outre la fièvre et la douleur auriculaire, des vertiges importants, une hypoacousie et une instabilité aiguë à la marche apparaissent. Les jambes semblent cesser d’obéir alors que la force est conservée au testing.
Un traitement antibiotique adapté, parfois en milieu hospitalier, est indispensable pour éviter les séquelles auditives ou vestibulaires. Une prise en charge tardive expose à une perte auditive irréversible ou à une atteinte inflammatoire plus étendue.
Atteinte vestibulaire bilatérale (ototoxicité aux aminosides, ménièrisme) et instabilité chronique à la marche
Dans l’atteinte vestibulaire bilatérale, les deux oreilles internes sont déficientes. Cela peut survenir après des traitements ototoxiques (certains antibiotiques aminosides, chimiothérapies), dans certaines formes de ménièrisme ou de maladies auto-immunes. Le symptôme majeur est une instabilité chronique à la marche, surtout dans l’obscurité ou sur terrain irrégulier.
La vision peut se brouiller lors des mouvements de tête (oscillopsies), ce qui donne l’impression de vertiges permanents et de jambes incertaines. Les épreuves vestibulaires (vidéonystagmographie, test calorique, vidéo head impulse test) permettent de préciser le déficit. La rééducation vestibulaire et l’adaptation de l’environnement jouent un rôle central pour retrouver une autonomie satisfaisante.
Causes cardiovasculaires et hémodynamiques : hypotension, arythmies, insuffisance cardiaque
Hypotension orthostatique (parkinson, diabète, médicaments antihypertenseurs) et jambes molles au lever
L’hypotension orthostatique correspond à une chute de la pression artérielle dans les minutes qui suivent le passage à la station debout. Vous pouvez ressentir vertiges, voile noir, bourdonnements d’oreille, jambes molles, surtout le matin ou après un repas copieux. Ce phénomène est fréquent chez la personne âgée, dans la maladie de Parkinson, le diabète avec neuropathie autonome, ou sous certains antihypertenseurs et psychotropes.
La mesure de la tension couché puis debout confirme le diagnostic. La prise en charge combine adaptation médicamenteuse, conseils posturaux (se lever progressivement, boire suffisamment, bas de contention) et parfois traitements spécifiques pour soutenir la pression artérielle.
Syncopes cardiogéniques (troubles du rythme, fibrillation auriculaire, BAV) et chute brutale sans force dans les jambes
Les syncopes cardiogéniques résultent d’une baisse brutale du débit sanguin cérébral, souvent liée à un trouble du rythme (tachycardie ventriculaire, fibrillation auriculaire rapide, bloc auriculo-ventriculaire), une cardiopathie structurelle ou une sténose aortique serrée. La personne décrit parfois un bref vertige, puis s’effondre, comme si les jambes ne portaient plus.
Un électrocardiogramme (ECG), un Holter et une échocardiographie sont indispensables en cas de malaise inexpliqué, particulièrement si des palpitations, des douleurs thoraciques ou un antécédent cardiaque existent. Le risque principal est la récidive et l’arythmie maligne, ce qui justifie une évaluation spécialisée rapide.
Insuffisance cardiaque et insuffisance veineuse : sensation de lourdeur, oedèmes et faiblesse musculaire d’effort
L’insuffisance cardiaque se manifeste par une dyspnée d’effort, une fatigue chronique, des œdèmes des membres inférieurs et une baisse de la tolérance à l’effort. Vous pouvez ressentir des jambes lourdes, gonflées, rapidement épuisées lors de la marche. Les vertiges surviennent parfois lors d’un effort prolongé ou en cas de traitement diurétique mal ajusté.
À côté, l’insuffisance veineuse s’exprime surtout par jambes lourdes en fin de journée, varices, démangeaisons, mais sans véritable vertige. Différencier ces deux tableaux oriente les examens (échographie cardiaque, écho-doppler veineux) et les traitements (bêtabloquants, IEC, bas de contention, hygiène de vie).
Sténose aortique serrée, cardiomyopathies et intolérance à l’effort des membres inférieurs
Dans la sténose aortique serrée, le passage du sang du ventricule gauche vers l’aorte est limité. L’effort provoque alors vertiges, oppression thoracique, essoufflement et sensation de faiblesse brutale des jambes, parfois jusqu’à la syncope. Des cardiomyopathies (hypertrophique, dilatée) ou une ischémie myocardique peuvent générer des symptômes similaires.
Chez un sujet de plus de 60 ans présentant vertiges d’effort et gêne thoracique, une exploration cardiologique s’impose. Le remplacement valvulaire ou la réparation cardiaque, lorsqu’ils sont indiqués, améliorent spectaculairement la tolérance à l’effort et diminuent le risque de chute secondaire à un malaise.
Troubles métaboliques, hormonaux et carences impliqués dans la faiblesse des jambes et les vertiges
Hypoglycémie (diabète traité, jeûne prolongé) : jambes tremblantes, sueurs froides, vertiges pré-syncopaux
L’hypoglycémie se manifeste souvent par jambes tremblantes, sueurs froides, palpitations, troubles de la concentration et vertiges pré-syncopaux. Chez la personne diabétique traitée par insuline ou sulfamides hypoglycémiants, mais aussi lors d’un jeûne prolongé ou d’un effort intense à jeun, le cerveau manque temporairement de glucose, carburant indispensable à son fonctionnement.
Une glycémie capillaire basse confirme le diagnostic. La correction rapide par un apport glucidique (boisson sucrée, comprimés de glucose) en est le traitement immédiat. Réévaluer le schéma thérapeutique, les horaires des repas et l’activité physique limite la répétition de ces épisodes potentiellement dangereux.
Anémie ferriprive ou carentielle (carence en fer, B12, folates) : dyspnée d’effort, vertiges, fatigabilité musculaire
L’anémie réduit la capacité du sang à transporter l’oxygène. En cas de carence en fer, vitamine B12 ou folates, les premiers signes sont souvent une fatigue intense, des vertiges à l’effort, une pâleur, une tachycardie et une faiblesse musculaire diffuse, avec impression de jambes qui peinent à suivre. Selon l’OMS, près d’un quart de la population mondiale présente une anémie, principalement ferriprive.
Un hémogramme et un bilan martial ou vitaminique précisent le mécanisme. Le traitement repose sur la correction de la cause (saignement digestif, régime déséquilibré, malabsorption) et la supplémentation adaptée. La récupération de la force et de l’endurance peut cependant prendre plusieurs semaines.
Hypothyroïdie et hyperthyroïdie : myopathie thyroïdienne, crampes, intolérance à l’effort
Les troubles de la thyroïde perturbent profondément le métabolisme musculaire. Dans l’hypothyroïdie, la fatigue, la prise de poids, le froid, les crampes et la lourdeur des jambes sont fréquents. Une myopathie proximale peut se développer, rendant pénibles les montées d’escaliers ou le lever de chaise. À l’inverse, l’hyperthyroïdie provoque amaigrissement, palpitations, tremblements, intolérance à l’effort et faiblesse musculaire paradoxale.
Une simple prise de sang (TSH, T3, T4) permet le diagnostic. La mise au point rapide d’un traitement hormonal (lévothyroxine en cas d’hypothyroïdie, antithyroïdiens de synthèse ou iode radioactif en cas d’hyperthyroïdie) corrige progressivement les symptômes, y compris la faiblesse des membres inférieurs et les vertiges associés à l’effort.
Troubles hydro-électrolytiques (hyponatrémie, hypokaliémie, hypomagnésémie) et faiblesse musculaire aiguë
Les déséquilibres en sodium, potassium ou magnésium peuvent entraîner vertiges, crampes, troubles du rythme cardiaque et faiblesse musculaire brutale. Une hypokaliémie sévère se manifeste parfois par une paralysie aiguë des jambes, tandis qu’une hyponatrémie importante provoque maux de tête, confusion, nausées et instabilité à la marche.
Ces troubles surviennent notamment en cas de diarrhées, vomissements prolongés, diurétiques à forte dose, insuffisance rénale ou troubles endocriniens. Un ionogramme sanguin oriente rapidement la prise en charge, qui peut nécessiter une hospitalisation en cas de déséquilibre majeur.
Insuffisance surrénalienne (maladie d’addison) : asthénie intense, hypotension, vertiges orthostatiques
L’insuffisance surrénalienne entraîne un déficit en cortisol et parfois en aldostérone. Les symptômes associent fatigue intense, amaigrissement, hyperpigmentation cutanée, hypotension artérielle et vertiges orthostatiques avec jambes flageolantes au lever. Dans sa forme aiguë (crise addisonienne), un collapsus cardiovasculaire peut survenir, nécessitant une prise en charge en urgence.
Les dosages hormonaux (cortisol, ACTH) et les tests dynamiques confirment le diagnostic. Le traitement de substitution par hydrocortisone et parfois fludrocortisone, bien conduit, permet une vie quasi normale, à condition d’adapter les doses en cas de stress, d’infection ou de chirurgie.
Céphalées, migraine vestibulaire, troubles anxieux et causes fonctionnelles
Migraine vestibulaire : vertiges récurrents, photophobie, sensation de jambes flageolantes entre les crises
La migraine vestibulaire est reconnue comme entité à part entière dans les dernières classifications internationales. Elle associe des épisodes de vertiges modérés à sévères, durant de quelques minutes à plusieurs heures, à des symptômes migraineux (céphalées pulsatiles, photophobie, phonophobie, nausées). Entre les crises, une instabilité résiduelle et une sensation de jambes flageolantes persistent parfois.
Le diagnostic repose sur l’interrogatoire et l’exclusion d’autres causes vestibulaires. Les traitements combinent mesures non médicamenteuses (hygiène de vie, gestion des triggers) et médicaments de fond antimigraineux. Les études récentes sur les anticorps anti-CGRP ouvrent des perspectives intéressantes pour les formes résistantes.
Crise d’angoisse, attaque de panique : hyperventilation, paresthésies distales et sensations de faiblesse des jambes
Lors d’une attaque de panique, l’hyperventilation provoque une baisse de CO₂ sanguin, entraînant vertiges, fourmillements des mains et du visage, oppression thoracique et impression de perdre le contrôle. Les jambes peuvent sembler se dérober, accentuant la peur de tomber ou de s’évanouir. Le cercle vicieux anxiété–symptômes corporels s’auto-entretient.
Reconnaître la nature anxieuse de ces épisodes est rassurant et oriente vers des prises en charge spécifiques : thérapies cognitivo-comportementales, techniques de respiration, éventuellement traitement anxiolytique ou antidépresseur. Des exercices simples de cohérence cardiaque, pratiqués quotidiennement, réduisent la fréquence et l’intensité des crises chez de nombreux patients.
Phobie de la marche (astasie-abasie fonctionnelle) et somatisation des vertiges
Dans certaines situations, notamment après une chute ou un malaise impressionnant, une peur intense de se lever et de marcher peut s’installer. L’astasie-abasie fonctionnelle décrit l’incapacité à se tenir debout et à marcher, alors que les examens neurologiques et musculaires sont normaux. Le patient décrit des jambes qui se dérobent, des vertiges, une instabilité majeure en présence d’un observateur, alors que les mouvements au lit sont fluides et coordonnés.
Cette conversion somatoforme n’est pas simulée : le trouble est réel pour la personne, mais d’origine psychologique. La prise en charge repose sur une alliance thérapeutique solide, une rééducation progressive, et parfois un accompagnement psychologique pour travailler la peur de tomber et les événements déclencheurs.
Syndrome de fatigue chronique, fibromyalgie et plainte diffuse de jambes lourdes et instables
Le syndrome de fatigue chronique (encéphalomyélite myalgique) et la fibromyalgie s’accompagnent souvent d’une sensation globale de faiblesse, de jambes lourdes, de vertiges flous et de troubles de la concentration. Les examens sont généralement normaux, ce qui peut être déstabilisant pour vous comme pour l’entourage.
Les approches thérapeutiques actuelles privilégient une activité physique adaptée et progressive, la prise en charge des troubles du sommeil, des thérapies cognitivo-comportementales et, si nécessaire, un soutien médicamenteux ciblé sur la douleur et l’humeur. L’objectif est d’améliorer la qualité de vie et la capacité fonctionnelle, même si les symptômes ne disparaissent pas totalement.
Diagnostic médical : examens, bilans complémentaires et signes de gravité
Interrogatoire clinique structuré : chronologie des vertiges, type de faiblesse, facteurs déclenchants
Un interrogatoire détaillé reste l’outil le plus puissant pour orienter le diagnostic. Le médecin vous questionne sur la nature des vertiges (rotation, flou, instabilité), la chronologie (brutale, progressive, par crises), la durée des épisodes, les circonstances déclenchantes (lever, effort, mouvement de tête), les symptômes associés (céphalées, troubles visuels, auditifs, cardiaques) et les antécédents médicaux.
Un journal des symptômes, notant la date, l’heure, ce que vous faisiez au moment de la crise, votre alimentation ou votre stress, peut grandement faciliter cette étape. Cette approche analytique permet souvent de réduire rapidement la liste des causes possibles et de cibler les examens complémentaires réellement utiles.
Examen neurologique complet : signe de romberg, marche en tandem, manœuvre de mingazzini, testing des réflexes
L’examen neurologique évalue la coordination, la force, la sensibilité et les réflexes. Le signe de Romberg consiste à vous faire tenir debout, pieds joints, yeux fermés : une chute suggère un trouble vestibulaire ou proprioceptif. La marche en tandem (talon contre pointe) met en évidence une ataxie cérébelleuse ou une instabilité vestibulaire.
La manœuvre de Mingazzini pour les membres inférieurs, bras et jambes fléchis à 90°, recherche un déficit moteur discret. Le testing des réflexes tendineux (rotulien, achilléen) renseigne sur l’atteinte centrale (réflexes vifs) ou périphérique (réflexes abolis). Cet examen oriente ensuite vers les imageries et explorations ciblées nécessaires.
Explorations paracliniques : bilan sanguin, IRM cérébrale et médullaire, ENMG, épreuves vestibulaires (vidéonystagmographie)
Les examens complémentaires complètent l’évaluation clinique :
| Examen | Objectif principal |
|---|---|
| Bilan sanguin | Rechercher anémie, carences, troubles thyroïdiens, électrolytiques, inflammation |
| IRM cérébrale/médullaire | Explorer AVC, tumeurs, sclérose en plaques, myélopathie |
| ENMG | Analyser neuropathies, myopathies, troubles de la jonction neuromusculaire |
| Vidéonystagmographie | Évaluer fonction vestibulaire périphérique et centrale |
D’autres tests peuvent être réalisés selon le contexte : ECG, Holter, échographie cardiaque, écho-doppler, tests d’effort, ponction lombaire. L’objectif est de confirmer ou d’écarter les hypothèses les plus probables, en limitant les examens inutiles.
Signes de gravité nécessitant appel au SAMU (15) : suspicion d’AVC, syndrome de Guillain-Barré, trouble du rythme sévère
Certaines situations imposent un appel immédiat au SAMU (15) :
- Apparition brutale de faiblesse d’un côté du corps, troubles de la parole ou de la vision, vertige massif inhabituel (suspicion d’AVC)
- Faiblesse rapidement progressive des jambes remontant vers les bras, difficultés respiratoires (suspicion de syndrome de Guillain-Barré)
- Malaise avec perte de connaissance, palpitations importantes, douleur thoracique (suspicion de trouble du rythme ou d’événement cardiaque aigu)
Dans ces tableaux, le temps est un facteur pronostique majeur. Une prise en charge spécialisée précoce améliore nettement la récupération fonctionnelle et la survie, comme le montrent toutes les grandes études récentes sur l’AVC et les urgences cardiovasculaires.
Prise en charge et prévention : rééducation, hygiène de vie et adaptations au quotidien
Rééducation vestibulaire et kinésithérapie de renforcement des membres inférieurs
Que les vertiges soient d’origine vestibulaire périphérique ou centrale, la rééducation vestibulaire occupe une place essentielle. Des exercices spécifiques de mouvements oculaires, de rotation de la tête, d’équilibre sur support instable stimulent la compensation neurologique et réduisent l’instabilité. Les études montrent une amélioration significative de l’équilibre et une baisse du risque de chute après quelques semaines de programme adapté.
En parallèle, une kinésithérapie de renforcement des membres inférieurs (quadriceps, ischio-jambiers, fessiers, muscles des mollets) améliore la stabilité, la puissance à la marche et la capacité à se relever. Des exercices simples, réalisés 2 à 3 fois par semaine, suffisent souvent pour percevoir rapidement un gain fonctionnel.
Aménagement du domicile, aide à la marche (canne, déambulateur) et prévention des chutes
La prévention des chutes passe aussi par l’environnement. Un aménagement du domicile (éclairage suffisant, suppression des tapis glissants, barres d’appui dans la salle de bain, siège de douche, rehaussement des toilettes) réduit nettement le risque de déséquilibre. Les données de l’OMS estiment qu’environ 30 % des personnes de plus de 65 ans chutent au moins une fois par an, avec un impact majeur sur l’autonomie.
Le recours temporaire ou durable à une aide à la marche (canne, déambulateur, rollator) sécurise les déplacements. Une canne tenue du côté opposé à la jambe la plus faible redistribue efficacement les appuis. Un ergothérapeute peut évaluer votre domicile et proposer des adaptations personnalisées, y compris pour le travail ou les loisirs.
Adaptation des traitements médicamenteux (benzodiazépines, antihypertenseurs, psychotropes) réduisant les vertiges
De nombreux médicaments favorisent les vertiges et la faiblesse des jambes : benzodiazépines, somnifères, certains antidépresseurs, neuroleptiques, antiépileptiques, antihypertenseurs à dose excessive. Un relecture médicamenteuse systématique avec le médecin ou le pharmacien permet d’identifier les molécules en cause et d’ajuster les doses, voire de proposer des alternatives.
La déprescription progressive de certains psychotropes, en particulier chez la personne âgée, réduit significativement le risque de chute selon plusieurs études de cohorte. Cette démarche doit toujours être encadrée médicalement pour éviter les effets de sevrage ou la réapparition de symptômes psychiatriques.
Programme d’activité physique progressive (marche, vélo, renforcement musculaire) encadré médicalement
Enfin, l’activité physique adaptée constitue l’un des leviers les plus puissants pour lutter contre la faiblesse musculaire des jambes, la fatigue chronique et même certains vertiges liés à la décondition physique. Un programme progressif peut inclure :
- Marche quotidienne, en augmentant peu à peu la durée ou la distance selon votre tolérance
- Vélo d’appartement ou natation douce pour le travail d’endurance sans choc articulaire
- Exercices de renforcement ciblé (squats adaptés, relevés de chaise, montées sur marchepied, travail sur une jambe)
L’encadrement par un kinésithérapeute ou un éducateur médico-sportif sécurise la progression et vous aide à trouver le juste milieu entre inactivité délétère et surmenage. En misant sur cette approche globale – prise en charge médicale de la cause, rééducation, hygiène de vie, adaptation de l’environnement – la plupart des personnes parviennent à réduire de manière significative vertiges, instabilité et sensation de jambes faibles au quotidien.