
Sentir ses os douloureux, être épuisé au moindre effort, se réveiller la nuit avec une douleur profonde dans les jambes ou le dos… Lorsque les douleurs osseuses se mêlent à une fatigue persistante, le quotidien devient rapidement lourd à porter. Parfois, ces symptômes traduisent une simple carence ou une période de surmenage. D’autres fois, ils sont le premier signal d’une maladie métabolique, rhumatologique, auto-immune ou cancéreuse. Comprendre ce qui se cache derrière ces manifestations permet de mieux orienter les examens et de gagner un temps précieux dans la prise en charge. Si vous vous reconnaissez dans ce tableau, vous trouverez ici des repères cliniques utiles pour préparer votre consultation et dialoguer de façon plus précise avec votre médecin.
Douleurs osseuses et fatigue : symptômes caractéristiques, zones atteintes et critères d’alerte clinique
La vraie douleur « osseuse » est souvent décrite comme profonde, sourde, difficile à localiser avec précision, à la différence d’une douleur musculaire plus superficielle ou d’une douleur articulaire qui suit clairement une articulation. Elle est fréquemment présente au repos, parfois plus intense la nuit, et n’est pas soulagée par l’immobilité. De nombreuses études en douleur chronique montrent que ce caractère nocturne et continu est l’un des signaux qui doivent amener à consulter plus rapidement.
Les zones les plus souvent concernées sont les os longs (fémur, tibia, humérus), le rachis (vertèbres cervicales, dorsales ou lombaires), la cage thoracique (côtes) et le bassin. Vous pouvez ressentir soit une douleur très localisée (un point précis sur un tibia, une côte, une vertèbre), soit au contraire des douleurs diffuses touchant plusieurs segments. Ce contraste entre douleur ponctuelle et douleurs étendues orientera beaucoup le médecin vers une fracture de fatigue, une tumeur localisée ou, à l’inverse, vers un trouble métabolique ou inflammatoire général.
Certains signes d’alerte associés à des douleurs osseuses et à une fatigue doivent faire envisager rapidement une consultation médicale, voire des examens urgents :
- Perte de poids inexpliquée, fièvre, sueurs nocturnes abondantes
- Douleur osseuse nocturne qui réveille systématiquement et s’aggrave progressivement
- Apparition d’une boule, d’une masse ou d’un gonflement dur sur un os
- Impossibilité de poser le pied au sol ou de mobiliser un membre après un traumatisme minime
Un autre critère important est la durée : une douleur osseuse associée à une fatigue qui persiste plus de 3 semaines, sans cause évidente (infection récente, chute, effort inhabituel), mérite un bilan clinique structuré. C’est encore plus vrai après 50 ans, ou en cas d’antécédents de cancer, de maladie inflammatoire chronique ou de prise prolongée de corticoïdes.
Carences nutritionnelles et troubles métaboliques : vitamine D, calcium, fer et perturbations hormonales
Les carences et déséquilibres métaboliques représentent une cause très fréquente de douleurs osseuses diffuses associées à une grande fatigue. Les enquêtes de santé publique montrent qu’en Europe, 50 à 80 % des adultes présentent une insuffisance en vitamine D, et qu’environ 20 % des femmes en âge de procréer souffrent de carence martiale (manque de fer). Ces déficits n’entraînent pas toujours des symptômes, mais lorsqu’ils deviennent sévères ou s’associent entre eux, les os, les muscles et le système nerveux sont vite impactés.
Carence en vitamine D : ostéomalacie, douleurs diffuses des os longs et fatigue musculaire
La vitamine D est indispensable pour absorber le calcium et le phosphore et les fixer sur l’os. Lorsque le déficit est important et prolongé à l’âge adulte, l’os se « ramollit » : c’est l’ostéomalacie. Vous pouvez ressentir des douleurs osseuses diffuses, souvent au niveau des cuisses, des hanches, du bassin et du bas du dos, avec une sensibilité au simple appui ou à la pression. Beaucoup de patients décrivent aussi une fatigue musculaire, des difficultés à monter les escaliers ou à se relever d’une chaise, et parfois une démarche « en canard ».
Le bilan biologique retrouve généralement une vitamine D très basse, associée à des anomalies du calcium, du phosphore et de la phosphatase alcaline. La correction passe par une supplémentation adaptée en vitamine D (orale ou parfois injectable), associée à un apport suffisant en calcium alimentaire, une exposition solaire raisonnable et la prise en charge de toute cause de malabsorption intestinale ou de maladie chronique qui entretiendrait la carence.
Hypocalcémie et hyperparathyroïdie secondaire : douleurs osseuses, spasmes musculaires et épuisement
Quand le calcium sanguin est trop bas (hypocalcémie), le corps réagit en augmentant la production de parathormone (PTH) par les glandes parathyroïdes : c’est l’hyperparathyroïdie secondaire. Ce mécanisme, souvent lié à une carence en vitamine D ou à une insuffisance rénale chronique, stimule en permanence la résorption osseuse. Résultat : douleurs osseuses diffuses, fractures plus fréquentes, mais aussi crampes, spasmes musculaires, fourmillements autour de la bouche et au bout des doigts, voire troubles du rythme cardiaque.
La fatigue est souvent au premier plan, avec un sentiment d’épuisement disproportionné par rapport aux efforts fournis. Le dosage du calcium, du phosphore, de la PTH et de la vitamine D permet de poser le diagnostic. Le traitement repose sur la correction de la cause (supplémentation vitaminique D, surveillance de la fonction rénale, ajustement de certains médicaments), parfois l’utilisation de chélateurs de phosphore ou de traitements spécifiques prescrits par un néphrologue ou un endocrinologue.
Carence en fer et anémie ferriprive : asthénie, douleurs osseuses d’effort et essoufflement à l’effort
La carence en fer provoque une anémie ferriprive lorsque les réserves sont épuisées. Le sang transporte alors moins d’oxygène vers les muscles et les os. Vous pouvez ressentir une asthénie importante, un essoufflement inhabituel à l’effort, des palpitations et parfois des douleurs osseuses ou musculaires déclenchées par la marche ou la montée d’escaliers. Certaines personnes décrivent des jambes lourdes et douloureuses après une journée debout, signe d’un manque d’oxygénation tissulaire.
Les statistiques montrent qu’environ 25 % de la population mondiale présente une anémie, dont la moitié liée à la carence martiale. Les causes sont multiples : règles abondantes, alimentation pauvre en fer héminique, maladies digestives, saignements occultes. Un simple hémogramme associé au dosage de la ferritine et du coefficient de saturation de la transferrine permet de confirmer le diagnostic. Le traitement repose sur la recherche de la cause et une supplémentation en fer, souvent prolongée sur plusieurs mois.
Hypothyroïdie et hypothyroïdie subclinique : myalgies, douleurs ostéo-articulaires et ralentissement général
L’hypothyroïdie, même modérée, modifie profondément le métabolisme musculaire et osseux. Beaucoup de patients rapportent des myalgies (douleurs musculaires), des douleurs ostéo-articulaires diffuses, des crampes, associées à une fatigue écrasante, une frilosité, une prise de poids et un ralentissement global (pensée plus lente, gestes plus lents). L’hypothyroïdie subclinique, où seules les hormones de commande (TSH) sont élevées, peut déjà s’accompagner de ces symptômes, surtout chez les personnes prédisposées ou déjà fragiles.
Le diagnostic se fait par un dosage sanguin de la TSH et des hormones thyroïdiennes (T3, T4 libres). Le traitement par lévothyroxine ajusté progressivement permet de corriger la plupart des symptômes en quelques semaines à quelques mois. Sur le plan osseux, un équilibre fin est nécessaire : une correction trop agressive peut, à long terme, favoriser une perte osseuse si la thyroïde est sur-stimulée.
Syndrome métabolique et résistance à l’insuline : inflammation chronique de bas grade et fatigue persistante
Le syndrome métabolique associe tour de taille augmenté, hypertension artérielle, dyslipidémie et hyperglycémie modérée liée à une résistance à l’insuline. Ce terrain s’accompagne d’une inflammation chronique de « bas grade », documentée par des marqueurs comme la CRP ultra-sensible. Plusieurs études récentes ont montré que ce contexte inflammatoire discret favorise des douleurs musculo-squelettiques diffuses, des lombalgies chroniques, ainsi qu’une fatigue persistante, même en l’absence de maladie rhumatismale constituée.
Concrètement, vous pouvez ressentir des douleurs dans le bas du dos, les hanches, les genoux ou les épaules, surtout après des périodes prolongées en position assise. La fatigue est souvent aggravée par un sommeil fragmenté, parfois lié à un syndrome d’apnées du sommeil fréquemment associé. La prise en charge du syndrome métabolique (activité physique régulière, alimentation méditerranéenne, perte de 5 à 10 % du poids initial) améliore nettement ces symptômes chez une majorité de patients.
Pathologies osseuses : ostéoporose, ostéomalacie, fractures de fatigue et maladies osseuses rares
Les maladies osseuses proprement dites provoquent souvent peu de symptômes au début. La densité minérale diminue, l’architecture se fragilise, mais la douleur n’apparaît qu’au stade des fractures, des tassements vertébraux ou d’une déformation significative. D’où l’importance de ne pas attendre une douleur intense pour se poser la question de l’ostéoporose ou d’une autre pathologie du squelette. Les campagnes de santé publique insistent désormais sur le dépistage à partir de 65 ans (et plus tôt en cas de facteurs de risque), car près d’une femme sur trois et un homme sur cinq subiront une fracture ostéoporotique au cours de leur vie.
Ostéoporose post-ménopausique et cortico-induite : micro-fractures vertébrales, lombalgies et fatigue chronique
L’ostéoporose post-ménopausique est liée à la chute des œstrogènes, qui accélère la résorption osseuse. La prise prolongée de corticoïdes (plus de 7,5 mg/j d’équivalent prednisone pendant plus de 3 mois) représente une autre grande cause d’ostéoporose secondaire. Dans ces deux contextes, les vertèbres sont particulièrement vulnérables. De petits tassements vertébraux peuvent survenir sans traumatisme majeur, provoquant des lombalgies chroniques, une perte de taille et une cyphose dorsale progressive.
La fatigue s’installe à cause de la douleur persistante, de la diminution de la mobilité et parfois d’un état dépressif réactionnel. La densitométrie osseuse (DEXA) reste l’examen de référence pour objectiver l’ostéoporose et chiffrer la perte osseuse. Les traitements combinent calcium, vitamine D, médicaments anti-résorption (bisphosphonates, denosumab) ou parfois traitements anabolisants, ainsi qu’un programme d’activité physique adaptée (renforcement musculaire, équilibre, marche).
Fractures de fatigue chez le sportif : tibia, métatarsiens, col fémoral et surentraînement
Les fractures de fatigue sont des micro-fractures liées à des contraintes répétées sur un os sain. Elles surviennent souvent chez les coureurs, danseurs, militaires en entraînement intensif, mais aussi chez des personnes reprenant brutalement une activité sportive après une longue période de sédentarité. Les zones typiques sont le tibia, les métatarsiens, le col du fémur et parfois le sacrum.
La douleur commence discrètement, à l’effort, puis devient progressivement permanente, parfois gênante la nuit. Si vous courez régulièrement et ressentez une douleur osseuse précise qui s’aggrave malgré le repos, un avis médical est indispensable. La radiographie peut être normale au début ; l’IRM ou la scintigraphie osseuse sont plus sensibles pour détecter la fracture de fatigue. Le traitement repose sur le repos relatif, un ajustement du plan d’entraînement, parfois une immobilisation, ainsi qu’un bilan pour rechercher une éventuelle carence en vitamine D, un trouble alimentaire ou un déficit énergétique relatif du sportif.
Ostéomalacie liée à une malabsorption intestinale : maladie cœliaque, crohn et chirurgie bariatrique
Dans la maladie cœliaque, la maladie de Crohn ou après chirurgie bariatrique, l’intestin absorbe mal la vitamine D, le calcium et d’autres nutriments essentiels. Cette malabsorption chronique conduit progressivement à une ostéomalacie et parfois à une ostéoporose précoce. Vous pouvez ressentir des douleurs osseuses diffuses, une fatigue intense, des crampes musculaires, parfois associées à des diarrhées, des ballonnements, une perte de poids ou des troubles digestifs fluctuants.
Les recommandations récentes insistent sur la nécessité de surveiller systématiquement la densité osseuse chez les patients ayant une maladie inflammatoire intestinale ou ayant bénéficié d’une chirurgie de l’obésité. Le traitement combine correction des carences (vitamine D, calcium, parfois magnésium), adaptation du régime (sans gluten strict dans la maladie cœliaque), et contrôle de l’inflammation intestinale pour permettre une meilleure absorption.
Ostéonécrose aseptique de la tête fémorale : douleurs mécaniques, boiterie et retentissement fonctionnel
L’ostéonécrose aseptique de la tête fémorale correspond à la mort d’un segment d’os suite à une interruption locale de la circulation sanguine. L’alcool à forte dose, la corticothérapie prolongée, certaines maladies hématologiques et des traumatismes de la hanche augmentent nettement le risque. La douleur se situe dans l’aine ou la fesse, irradie parfois vers le genou, est aggravée par la marche et le port de charge, soulagée au repos au début, puis devient constante.
Une boiterie s’installe, avec une limitation des amplitudes de hanche. La fatigue vient principalement du retentissement fonctionnel, de la difficulté à se déplacer et de la perturbation du sommeil. L’IRM est l’examen clé pour diagnostiquer précocement l’ostéonécrose, avant même l’apparition de signes radiographiques. Les options de traitement vont du déchargement partiel avec béquilles et forages de décompression à la prothèse totale de hanche dans les formes évoluées.
Maladies osseuses rares : maladie de paget, ostéogenèse imparfaite et douleurs osseuses atypiques
Certaines maladies osseuses plus rares doivent être évoquées devant des douleurs atypiques, persistantes, associées à des anomalies radiographiques. La maladie de Paget se caractérise par un remodelage osseux anarchique : certaines zones deviennent épaissies mais fragiles. Les patients peuvent ressentir des douleurs osseuses localisées (bassin, fémur, crâne), parfois une augmentation de la taille du crâne ou une déformation d’un membre. Les phosphatases alcalines sont très élevées dans le sang.
L’ostéogenèse imparfaite, maladie génétique du collagène, se manifeste plutôt par des fractures répétées, parfois dès l’enfance, une fragilité osseuse diffuse, des douleurs chroniques et un handicap fonctionnel. Même chez l’adulte, une forme modérée peut se révéler par des fractures anormales à faible énergie. Dans ces pathologies rares, la prise en charge est hautement spécialisée (rhumatologie, médecine interne, centres de référence), et associe médicaments spécifiques, rééducation et surveillance rapprochée.
Maladies rhumatologiques et auto-immunes : polyarthrite rhumatoïde, lupus, spondyloarthrites et fatigue inflammatoire
Les maladies auto-immunes et rhumatologiques représentent un grand chapitre des douleurs osseuses, articulaires et musculaires associées à une fatigue inflammatoire. Celle-ci se manifeste typiquement par un épuisement matinal, une sensation de « grippe permanente », des douleurs majorées au réveil, parfois améliorées par le mouvement. Les registres internationaux indiquent que la polyarthrite rhumatoïde touche environ 0,5 à 1 % de la population, le lupus autour de 50 pour 100 000 habitants, tandis que les spondyloarthrites concernent jusqu’à 1,5 % des adultes selon certaines cohortes européennes.
Polyarthrite rhumatoïde : atteinte articulaire érosive, raideur matinale et asthénie inflammatoire
La polyarthrite rhumatoïde (PR) débute souvent par des douleurs et un gonflement des petites articulations des mains et des pieds, de façon symétrique. Vous pouvez ressentir une raideur matinale prolongée (plus de 30 minutes), une fatigue intense, parfois un amaigrissement et une fébricule. Avec le temps, l’inflammation non contrôlée entraîne des érosions osseuses visibles à la radiographie et parfois des déformations articulaires.
Les traitements de fond (méthotrexate, biothérapies, inhibiteurs de JAK) ont profondément transformé le pronostic de la PR ces quinze dernières années. Commencés précocement, ils réduisent non seulement les douleurs et la dégradation osseuse, mais améliorent nettement la fatigue et la qualité de vie. D’où l’importance de repérer tôt une arthrite persistante plutôt que de la mettre sur le compte de l’âge ou du surmenage.
Lupus érythémateux systémique : arthralgies, atteinte osseuse secondaire et syndrome de fatigue chronique
Le lupus est une maladie auto-immune systémique qui touche préférentiellement les femmes jeunes. Les arthralgies (douleurs articulaires) et les myalgies sont fréquentes, parfois accompagnées d’arthrites non érosives. La fatigue est souvent au premier plan, avec un tableau proche d’un syndrome de fatigue chronique : épuisement, troubles du sommeil, difficultés de concentration. À cela s’ajoutent souvent des atteintes cutanées (rash en aile de papillon), rénales, hématologiques ou neurologiques.
L’atteinte osseuse est plutôt secondaire : ostéoporose liée aux corticoïdes, ostéonécrose de la tête fémorale, fractures vertébrales. La prise en charge globale combine hydroxychloroquine, immunosuppresseurs, prévention cardiovasculaire et osseuse, ainsi qu’une éducation thérapeutique qui aide à mieux gérer la fatigue au quotidien (pacing, gestion du stress, adaptation de l’activité physique).
Spondyloarthrite axiale (spondylarthrite ankylosante) : douleur inflammatoire du rachis et fatigue nocturne
La spondylarthrite axiale se manifeste surtout par une douleur inflammatoire du rachis : douleur lombaire ou fessière à début insidieux avant 40 ans, réveillant en seconde partie de nuit, améliorée par l’exercice et non par le repos. Vous pouvez vous lever la nuit pour « marcher un peu » afin de soulager les douleurs. Au fil du temps, les enthèses (zones d’insertion des tendons sur l’os) s’enflamment, provoquant des douleurs talonnières, costales, sacro-iliaques.
La fatigue est souvent intense, aggravée par les réveils nocturnes, l’inflammation systémique et parfois des comorbidités (uvéites, psoriasis, maladie inflammatoire intestinale). Les AINS à dose anti-inflammatoire, puis les biothérapies ciblant le TNF-alpha ou l’IL-17, ont démontré une réduction significative de la douleur rachidienne, de la rigidité matinale et de la fatigue dans les grandes études de phase III.
Fibromyalgie : douleurs diffuses, hypersensibilité des points gâchettes et épuisement non réparé par le sommeil
La fibromyalgie n’est pas une maladie auto-immune mais un syndrome de douleur chronique généralisée. Elle associe des courbatures diffuses, une hypersensibilité des tissus mous (muscles, tendons, ligaments), une fatigue extrême, des troubles du sommeil, et souvent des troubles cognitifs (« fibro fog » : difficultés de concentration, mémoire floue). Les analyses sanguines et l’imagerie sont généralement normales, ce qui rend le diagnostic long et parfois frustrant.
La fibromyalgie illustre à quel point une perturbation des voies de contrôle de la douleur dans le système nerveux central peut générer des douleurs très réelles sans lésion structurale visible.
Le traitement repose sur un trépied : amélioration du sommeil (hygiène de sommeil, éventuellement antidépresseurs tricycliques à faible dose), activité physique régulière et progressive (marche, natation, renforcement doux), et prise en charge psychologique ou cognitivo-comportementale pour gérer la douleur et le stress. Des médicaments comme la prégabaline, la duloxétine ou le milnacipran peuvent aider certains profils, mais ils ne remplacent pas les approches non médicamenteuses.
Vasculites et connectivites : douleurs ostéo-articulaires, syndrome inflammatoire biologique et asthénie marquée
Les vasculites (inflammation des vaisseaux) et connectivites (atteinte du tissu conjonctif) regroupent des maladies comme la polymyalgie rhumatismale, la périartérite noueuse, la granulomatose avec polyangéite ou le syndrome de Gougerot-Sjögren. Elles s’accompagnent souvent de douleurs ostéo-articulaires diffuses, d’une raideur matinale, d’une asthénie marquée et d’un syndrome inflammatoire biologique (CRP, VS très élevées).
Une fatigue brutale, associée à des douleurs des épaules et des hanches chez une personne de plus de 50 ans, doit toujours faire évoquer une pseudopolyarthrite rhizomélique plutôt qu’une simple « arthrose ».
Dans ces maladies, la prise en charge est urgente car les atteintes vasculaires peuvent engager le pronostic fonctionnel ou vital. Les corticoïdes à forte dose, parfois associés à des immunosuppresseurs ou des biothérapies, permettent un contrôle rapide de l’inflammation, avec une amélioration spectaculaire de la fatigue et des douleurs en quelques jours dans certains tableaux (comme la polymyalgie rhizomélique).
Pathologies cancéreuses et hématologiques : métastases osseuses, myélome multiple et hémopathies malignes
Lorsque des douleurs osseuses et une fatigue persistent, s’aggravent, et s’associent à une perte de poids, des sueurs nocturnes ou des infections répétées, un bilan à la recherche d’une pathologie cancéreuse ou hématologique s’impose. Les métastases osseuses représentent la cause la plus fréquente de cancer de l’os chez l’adulte, provenant principalement de cancers du sein, de la prostate, du poumon, du rein ou de la thyroïde. Elles provoquent des douleurs localisées, nocturnes, parfois des fractures pathologiques.
Le myélome multiple, cancer des plasmocytes médullaires, associe typiquement des douleurs osseuses (surtout rachis et côtes), une anémie avec fatigue intense, une hypercalcémie, des infections répétées et parfois une insuffisance rénale. Les hémopathies malignes comme les lymphomes ou les leucémies peuvent donner un tableau de fatigue profonde, d’amaigrissement, de fièvre, avec parfois des douleurs osseuses diffuses liées à l’infiltration médullaire.
Le diagnostic repose sur un ensemble d’éléments : analyses sanguines (NFS, calcium, protéines, LDH), imagerie (radiographies, scanner, IRM, PET-scan), parfois ponction-biopsie de moelle osseuse. Les progrès des traitements (immunothérapies, thérapies ciblées, CAR-T cells) ont transformé le pronostic de nombreuses hémopathies malignes, à condition d’un diagnostic précoce. Pour vous, le repère essentiel reste l’évolution : une douleur qui s’intensifie, ne cède pas aux antalgiques simples et s’accompagne de signes généraux doit être explorée sans délai.
Infections et causes infectieuses chroniques : ostéomyélite, infections virales persistantes et syndrome post-infectieux
Les infections peuvent atteindre directement l’os ou déclencher des syndromes douloureux et de fatigue à distance. L’ostéomyélite est une infection osseuse bactérienne, parfois consécutive à une fracture ouverte, une chirurgie orthopédique ou une bactériémie. Elle se manifeste par une douleur osseuse localisée, intense, une fièvre, une rougeur et un gonflement local, parfois un écoulement chronique. Le traitement combine antibiothérapie prolongée, parfois chirurgie de débridement, avec un suivi spécialisé de plusieurs mois.
Certains virus (grippe, COVID-19, Epstein-Barr, parvovirus B19, etc.) peuvent entraîner des arthralgies diffuses et une grande fatigue qui persistent plusieurs semaines ou mois après l’infection aiguë. Le « long COVID » illustre bien ce type de syndrome post-infectieux : douleurs musculaires et articulaires, épuisement après l’effort, troubles du sommeil, difficultés cognitives. Des études récentes estiment que 10 à 30 % des personnes ayant eu une forme symptomatique de COVID-19 présentent encore des symptômes 3 mois après.
Les syndromes post-infectieux ne sont pas « dans la tête » : ils traduisent une réponse immunitaire et neuro-inflammatoire prolongée, encore mal comprise mais désormais bien documentée par la recherche.
La prise en charge repose surtout sur la réhabilitation progressive à l’effort (programme d’activité physique graduelle), le traitement symptomatique de la douleur et des troubles du sommeil, et parfois le soutien psychologique. Dans certains cas, un avis en centre de la douleur ou en médecine interne permet de coordonner les différentes dimensions de la prise en charge.
Diagnostic médical des douleurs osseuses associées à la fatigue : examens biologiques, imagerie et bilans spécialisés
Face à des douleurs osseuses avec fatigue, le médecin suit une démarche structurée. L’interrogatoire détaillé reste l’étape la plus déterminante : localisation précise des douleurs, mode de début, horaire (nocturne, mécanique, inflammatoire), facteurs déclenchants, contexte infectieux ou traumatique, traitements en cours, antécédents personnels et familiaux, exposition professionnelle. Vient ensuite l’examen clinique, avec palpation des os et articulations, recherche de points douloureux, évaluation de la mobilité, inspection de la colonne, prise de la tension artérielle, recherche de ganglions, d’atteintes cutanées ou d’organes internes.
Les examens complémentaires sont adaptés au contexte clinique. Les plus fréquents incluent :
- Bilan biologique de base : NFS, VS, CRP, ionogramme, calcium, phosphore, magnésium, créatinine, enzymes hépatiques
- Exploration métabolique : vitamine D, PTH, ferritine, TSH, bilan lipidique, glycémie à jeun
- Bilan immunologique : anticorps antinucléaires, facteur rhumatoïde, anti-CCP, ANCA, selon la suspicion
L’imagerie commence généralement par la radiographie standard pour rechercher fractures, tassements, lésions osseuses ou arthrose avancée. L’IRM est privilégiée pour les douleurs rachidiennes, les fractures de fatigue, les ostéonécroses, les tumeurs ou les atteintes médullaires. La scintigraphie osseuse permet une cartographie globale du squelette et repère les zones de remodelage anormal (fractures, métastases, infections). Dans certains cas, une biopsie osseuse ou une ponction de moelle osseuse est nécessaire pour caractériser une lésion ou une hémopathie.
La suite dépendra des résultats : orientation vers un rhumatologue pour une suspicion de polyarthrite ou de spondyloarthrite, vers un endocrinologue pour un trouble métabolique osseux, vers un hématologue ou un oncologue pour une hémopathie, vers un centre de la douleur pour une fibromyalgie ou un syndrome douloureux central. Pour vous, l’objectif pratique est de noter précisément vos symptômes (journal de la douleur, horaires, facteurs aggravants ou soulageants) avant la consultation : ces informations cliniques fines sont souvent plus précieuses que n’importe quel bilan technique pour remonter à la vraie cause de vos douleurs osseuses et de votre fatigue.