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Une douleur au genou qui persiste, qui réveille la nuit ou qui ne correspond pas à une simple entorse mérite une attention particulière. Le cancer du genou reste rare, mais lorsqu’il s’agit d’un sarcome osseux ou d’une tumeur synoviale agressive, le pronostic dépend directement de la précocité du diagnostic. Pour vous, parent d’un adolescent sportif, adulte jeune ou professionnel de santé, comprendre les signes d’alerte, les examens à réaliser et le parcours en centre expert permet de gagner de précieuses semaines. Un cancer du genou ne ressemble pas toujours à l’idée que l’on s’en fait : parfois peu douloureux au début, parfois confondu avec une tendinite, il progresse pourtant de façon silencieuse. Identifier une douleur osseuse inflammatoire, un gonflement inexpliqué ou une boiterie qui s’installe est une étape clé pour orienter rapidement vers une imagerie adaptée et une biopsie spécialisée.

Cancer du genou : anatomie de l’articulation et types de tumeurs osseuses et cartilagineuses

L’articulation du genou réunit le fémur distal, le tibia proximal et la rotule, recouverts de cartilage et entourés de la membrane synoviale, des ligaments et des tendons. Un « cancer du genou » correspond le plus souvent à une tumeur osseuse primitive (ostéosarcome, sarcome d’Ewing, chondrosarcome) ou à une tumeur des tissus mous adjacents (synovialosarcome, synovite villonodulaire pigmentée agressive). Ces tumeurs peuvent intéresser l’os sous-chondral, le cartilage ou les parties molles péri‑articulaires. Même si les sarcomes représentent moins de 1 % de l’ensemble des cancers, l’articulation du genou est l’une de leurs localisations privilégiées, notamment chez l’adolescent.

Sur le plan clinique, le genou concentre plusieurs types de tumeurs au comportement très différent : certaines sont hautement malignes, à fort risque de métastases pulmonaires, d’autres sont localement agressives mais rarement mortelles. Pour vous, l’enjeu est de savoir qu’une tumeur qui touche le genou ne se résume pas à un seul type de cancer. C’est aussi ce qui rend le diagnostic plus complexe pour les médecins généralistes ou les kinésithérapeutes qui voient souvent ces patients en première ligne.

Ostéosarcome du fémur distal et du tibia proximal : localisation typique au genou chez l’adolescent

L’ostéosarcome est la tumeur maligne primitive de l’os la plus fréquente chez l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte. Environ 50 % des ostéosarcomes se développent autour du genou, au niveau du fémur distal ou du tibia proximal. Ce cancer très agressif touche souvent les 10‑20 ans, avec une prédominance masculine. Il se manifeste par une douleur osseuse croissante, parfois après un traumatisme mineur, mais sans lien causal direct avec ce choc. La douleur inflammatoire nocturne du genou, résistante aux antalgiques simples, constitue un signe majeur.

Radiologiquement, l’ostéosarcome du genou associe souvent une lyse métaphysaire, une réaction périostée en « éperon » ou en « rayons de soleil » et une masse de parties molles. Sur le plan pronostique, les formes localisées (sans métastases pulmonaires visibles au diagnostic) affichent aujourd’hui un taux de survie à cinq ans de 60 à 80 % grâce à la polychimiothérapie et à la chirurgie conservatrice. En cas de métastases d’emblée, la survie chute aux alentours de 40 %.

Chondrosarcome juxta-articulaire du genou : atteinte du cartilage et de l’os sous-chondral

Le chondrosarcome est une tumeur maligne des cellules cartilagineuses, plutôt observée chez l’adulte de 30 à 50 ans. Au niveau du genou, il peut prendre la forme d’un chondrosarcome juxta‑articulaire, intéressants l’os sous‑chondral et le cartilage. À la différence de l’ostéosarcome, de nombreux chondrosarcomes évoluent lentement, avec une douleur modérée, parfois prise à tort pour une gonarthrose précoce. Ce caractère insidieux explique des diagnostics souvent tardifs.

La radiographie et le scanner montrent des plages de calcification cartilagineuse, une destruction osseuse et parfois une masse qui déforme les contours du genou. Le traitement repose avant tout sur la chirurgie, la tumeur étant peu sensible à la chimiothérapie et à la radiothérapie. Les formes de bas grade, correctement réséquées, ont un excellent pronostic, avec des taux de guérison dépassant 80 % à cinq ans, alors que les formes de haut grade sont plus métastatiques et nécessitent une prise en charge en centre expert.

Sarcome d’ewing péri-articulaire du genou : formes diaphyso-métaphysaires et extension vers l’articulation

Le sarcome d’Ewing est une autre tumeur osseuse maligne rare, touchant en priorité les adolescents autour de 13 ans. Il peut siéger sur n’importe quel os long, mais les localisations péri-articulaires, comme la région du genou, ne sont pas rares. La lésion naît souvent dans la diaphyse ou la métaphyse, puis s’étend vers la métaphyse adjacente et les tissus mous, pouvant envahir la capsule articulaire. La douleur du genou est souvent associée à un gonflement, à une fièvre modérée et à un syndrome inflammatoire biologique, ce qui peut faire évoquer une ostéomyélite au début.

Au diagnostic, 20 % des patients présentent déjà des métastases, surtout pulmonaires ou osseuses. Malgré cela, les progrès des schémas de polyméchimiothérapie, combinés à la chirurgie et parfois à la radiothérapie, permettent de guérir plus de 60 % des patients. Le sarcome d’Ewing du genou nécessite systématiquement une discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire spécialisée dans les sarcomes.

Tumeurs à cellules géantes de l’os autour du genou : lésions agressives mais souvent bénignes

Les tumeurs à cellules géantes de l’os autour du genou (fémur distal, tibia proximal) occupent une position intermédiaire. Il s’agit le plus souvent de tumeurs bénignes mais localement agressives, responsables de douleurs, de gonflement et d’un risque de fracture pathologique. Elles touchent plutôt l’adulte jeune. À l’imagerie, ces lésions lytique épiphysaires ou métaphyso‑épiphysaires peuvent inquiéter par leur aspect destructeur, d’où l’importance de la biopsie pour confirmer leur nature.

Le traitement repose en général sur un curetage large, souvent associé à un comblement par ciment ou greffe osseuse, parfois complété par des agents locaux (phénol, azote liquide). Même si ces tumeurs ne sont pas malignes dans la majorité des cas, des récidives locales sont possibles, et rares transformations sarcomateuses ont été rapportées, ce qui justifie un suivi prolongé après chirurgie.

Synovite villonodulaire pigmentée (SVNP) et autres tumeurs synoviales du genou

La synovite villonodulaire pigmentée (SVNP) et les autres tumeurs synoviales du genou (dont le synovialosarcome) illustrent le versant des tumeurs des tissus mous. La SVNP est une prolifération synoviale généralement bénigne, mais très envahissante localement, responsable de douleurs chroniques, de gonflement articulaire et d’épanchements hémorragiques répétés. À l’IRM, l’atteinte synoviale diffuse et les dépôts d’hémosidérine sont caractéristiques.

Le synovialosarcome, à l’inverse, est une tumeur maligne agressive des tissus mous, pouvant se développer autour du genou, souvent près des tendons et des bourses séreuses. Il représente 6 à 10 % des sarcomes des tissus mous et expose à un risque élevé de métastases pulmonaires (jusqu’à 70 % des cas au cours de l’évolution). Le traitement associe chirurgie large, radiothérapie et parfois chimiothérapie, et les amputations restent nécessaires dans certaines formes très étendues.

Facteurs de risque et contextes cliniques associés au cancer du genou

Les causes exactes d’un cancer du genou restent mal connues. Néanmoins, plusieurs contextes cliniques augmentent le risque de sarcome osseux ou de tumeur cartilagineuse autour du genou. Vous pouvez être concerné par des antécédents de radiothérapie, une maladie osseuse préexistante ou une prédisposition génétique. Comprendre ces éléments ne doit pas générer d’angoisse inutile, car la majorité des personnes exposées ne développeront jamais de tumeur, mais ces informations aident à cibler les situations où une douleur du genou doit être particulièrement surveillée.

Antécédents de radiothérapie osseuse et risque d’ostéosarcome secondaire au niveau du genou

Un antécédent de radiothérapie sur un segment osseux est un facteur de risque établi d’ostéosarcome secondaire. Plusieurs années, voire décennies, peuvent séparer l’irradiation initiale (pour un autre cancer) de l’apparition d’une tumeur osseuse dans la zone irradiée. Au niveau du genou, ce scénario reste rare, mais lorsqu’un adulte ayant reçu une radiothérapie dans l’enfance présente une douleur osseuse persistante, une radiographie est indispensable.

Ces ostéosarcomes post‑radiques partagent les mêmes caractéristiques agressives que les formes primitives, mais sont souvent diagnostiqués plus tard. Cliniquement, la différence entre douleur mécanique et douleur tumorale n’est pas toujours évidente pour vous, d’où l’importance d’évoquer en consultation toute exposition antérieure à une dose importante de rayonnements.

Maladies osseuses préexistantes (maladie de paget, dysplasies osseuses) autour du genou

La maladie de Paget de l’os, caractérisée par un remodelage osseux anarchique, s’accompagne d’un risque accru de transformation sarcomateuse, avec apparition d’un ostéosarcome ou d’un chondrosarcome sur os pagétique. Lorsque le fémur distal ou le tibia proximal sont concernés, le risque de cancer du genou augmente. De même, certains troubles du développement osseux comme les dysplasies (exostoses multiples, enchondromatoses) constituent un terrain à haut risque pour des chondrosarcomes secondaires.

Dans ces contextes, tout changement de symptomatologie – douleur nouvelle, augmentation du volume du genou, apparition d’une masse dure – impose un bilan d’imagerie rapide. L’objectif est d’identifier précocement une éventuelle tumeur maligne, car le pronostic dépend beaucoup du stade tumoral au diagnostic.

Prédispositions génétiques : rétinoblastome héréditaire, syndrome de Li-Fraumeni et sarcomes du genou

Certaines prédispositions génétiques, comme le rétinoblastome héréditaire (mutation du gène RB1) ou le syndrome de Li-Fraumeni (mutation germinale de TP53), augmentent nettement le risque de sarcome osseux ou des tissus mous. Chez ces patients, un ostéosarcome du genou peut survenir plus précocement ou dans un contexte de cancers multiples. Si vous faites partie d’une famille suivie pour ce type de syndrome, toute douleur osseuse atypique doit être considérée avec un seuil de vigilance plus élevé.

Dans la pratique, ces patients sont intégrés à des programmes de surveillance oncogénétique incluant parfois une imagerie régulière. Pour le genou, ce suivi permet de détecter une lésion suspecte avant l’apparition de symptômes très marqués, améliorant ainsi les chances de traitement conservateur et de survie.

Traumatismes répétés du genou et diagnostics tardifs de tumeur osseuse maligne

Le traumatisme répété du genou (sport intensif, chocs, entorses) n’est pas identifié comme une cause directe de cancer osseux. En revanche, il constitue un facteur important de diagnostic tardif. Pourquoi ? Parce qu’une douleur du genou chez un adolescent sportif est presque systématiquement attribuée à une tendinite, une contusion ou une lésion méniscale. Une tumeur osseuse du fémur distal ou du tibia proximal peut alors être masquée pendant des mois derrière ce contexte traumatique.

Un point clé pour vous et pour les soignants est le caractère évolutif de la douleur : une lésion mécanique banale s’améliore en quelques jours ou semaines, alors qu’une douleur tumorale persiste, s’intensifie, et devient souvent nocturne. L’apparition progressive d’une masse ou d’une boiterie doit faire reconsidérer le diagnostic initial et conduire à une radiographie standard du genou.

Symptômes initiaux du cancer du genou : différencier douleur tumorale et pathologies mécaniques

Les premiers symptômes d’un cancer du genou sont parfois discrets, ce qui explique des retards diagnostiques. La distinction entre une douleur tumorale et une douleur mécanique (arthrose débutante, tendinite rotulienne, lésion méniscale) est pourtant possible en interrogeant précisément le patient. Vous pouvez vous poser trois questions simples : depuis quand la douleur est‑elle présente ? Réveille‑t‑elle la nuit ? S’aggrave‑t‑elle malgré le repos ? Les réponses orientent déjà vers une origine potentiellement tumorale.

Douleur osseuse inflammatoire nocturne du genou versus gonarthrose ou tendinite rotulienne

La douleur osseuse inflammatoire est au centre du tableau clinique des sarcomes du genou. Elle est profonde, mal localisée au début, puis se précise au niveau du fémur distal ou du tibia proximal. Elle survient au repos, la nuit, et oblige parfois à se lever. À l’inverse, une gonarthrose ou une tendinite rotulienne donnent plutôt une douleur mécanique déclenchée par l’effort, la montée d’escalier, la position accroupie, et soulagée par le repos.

Un autre signe d’alerte important est l’inefficacité progressive des antalgiques simples et des anti‑inflammatoires. Si vous prenez régulièrement ces médicaments pour un « genou douloureux » sans amélioration notable au bout de quelques semaines, une consultation médicale avec demande de radiographie devient indispensable.

Gonflement, masse palpable et augmentation de volume articulaire autour du fémur distal ou du tibia

Au fil des semaines, la tumeur peut entraîner un gonflement local visible, une déformation du genou ou l’apparition d’une masse dure palpable. Dans les ostéosarcomes et les sarcomes d’Ewing, l’augmentation de volume s’accompagne souvent d’une chaleur locale et d’une douleur à la palpation. Dans les synovites villonodulaires ou synovialosarcomes, l’épanchement articulaire peut donner un aspect de genou « ballonné ».

La présence d’une masse qui grossit régulièrement, surtout chez un enfant ou un adulte jeune, doit toujours faire suspecter un processus tumoral, même si l’examen clinique parait rassurant par ailleurs. Une simple échographie ou une radiographie permettra déjà d’orienter le diagnostic.

Raideur articulaire, boiterie et limitation de la flexion‑extension du genou

À mesure que la tumeur envahit l’os, la capsule ou les muscles péri‑articulaires, la mobilité du genou diminue. Vous pouvez ressentir une raideur, une gêne à la flexion complète, voire une limitation nette de l’extension. Chez l’enfant, la boiterie est un signal fréquent, parfois interprété à tort comme une « douleur de croissance ». Or une douleur osseuse persistante, responsable de boiterie au‑delà de quelques jours, n’est jamais normale.

Les troubles fonctionnels du genou liés à une tumeur évoluent souvent parallèlement à l’augmentation de la masse tumorale. Ils doivent être distingués des blocages mécaniques typiques d’une lésion méniscale, qui surviennent plutôt par à‑coups lors de certains mouvements précis.

Symptômes généraux : fièvre, asthénie, amaigrissement dans les sarcomes agressifs

Dans les formes les plus agressives, en particulier les sarcomes d’Ewing et certains synovialosarcomes, des signes généraux peuvent accompagner les symptômes locaux. Fièvre modérée, fatigue inexpliquée (asthénie), perte de poids, anémie font parfois évoquer une infection ou une maladie inflammatoire. Ces signes ne sont pas constants et leur absence ne doit pas rassurer à tort.

Vous pouvez retenir que tout tableau associant douleur du genou, gonflement, fièvre prolongée et altération de l’état général justifie en priorité une imagerie. Les études montrent qu’un diagnostic plus précoce améliore de façon significative le taux de survie à cinq ans, qui atteint ainsi 55 à 70 % pour plusieurs types de sarcomes localisés.

Signes cliniques d’alerte au cabinet : examen orthopédique ciblé du genou suspect de cancer

Au cabinet médical, certains éléments de l’examen orthopédique du genou orientent vers une étiologie tumorale plutôt que traumatique ou dégénérative. Le médecin recherche une douleur provoquée à la palpation de l’os (fémur distal ou tibia proximal), une masse fixe, dure, parfois sensible, une asymétrie de volume par rapport au genou controlatéral, ainsi qu’une limitation de la flexion‑extension non expliquée par un épanchement banal. La température cutanée peut être augmentée sur la zone tumorale.

Les tests ligamentaires (Lachman, tiroir, varus‑valgus) et méniscaux (McMurray, Thessaly) sont souvent peu parlants ou seulement légèrement inconfortables, ce qui contraste avec l’importance des douleurs spontanées. Cette discordance doit faire suspecter une atteinte osseuse profonde. Un élément clé pour le clinicien reste l’évolution dans le temps : un examen répété à quelques semaines d’intervalle, devant une symptomatologie qui s’aggrave, impose une radiographie standard. Certains experts considèrent qu’une douleur osseuse inexpliquée, persistante au-delà de trois semaines chez l’enfant ou l’adulte jeune, justifie systématiquement une imagerie radiologique.

La persistance d’une douleur osseuse nocturne du genou chez un adolescent, surtout si elle s’aggrave et s’accompagne d’un gonflement, doit être considérée comme une urgence diagnostique jusqu’à preuve du contraire.

Imagerie du cancer du genou : du cliché standard à l’IRM de haute résolution

Le diagnostic d’un cancer du genou repose d’abord sur une imagerie bien conduite. La radiographie standard reste l’examen clé de première intention. Elle permet déjà de suspecter un ostéosarcome, un chondrosarcome ou un sarcome d’Ewing dans plus de 80 % des cas lorsqu’elle est bien centrée et interprétée par un radiologue averti. Ensuite, l’IRM précise l’extension loco‑régionale, le scanner affine l’analyse corticale, et les examens corps entier (TEP‑scan, scintigraphie osseuse) recherchent des métastases.

Radiographie du genou de face et de profil : lacunes osseuses, réaction périostée et lyse métaphysaire

La radiographie du genou en incidences de face et de profil, parfois complétée par des clichés de la diaphyse fémorale ou tibiale, est l’examen de base. Elle montre des lacunes osseuses, une lyse métaphysaire, des appositions périostées (en « feuillets d’oignon » dans le sarcome d’Ewing, en « rayons de soleil » dans l’ostéosarcome), des calcifications cartilagineuses dans les chondrosarcomes, ou encore une destruction osseuse diffuse sur os pagétique.

Une radiographie normale rend peu probable un ostéosarcome évolué, mais n’exclut pas une tumeur des tissus mous ou une lésion très précoce. C’est pourquoi, en cas de forte suspicion clinique, une IRM est souvent demandée en seconde intention même si les clichés standards sont peu contributifs.

IRM du genou (séquences T1, T2, STIR) pour l’évaluation loco‑régionale de la tumeur

L’IRM est l’examen de référence pour l’évaluation loco‑régionale d’une tumeur du genou. Les séquences T1, T2 et STIR permettent d’analyser précisément l’extension intra‑osseuse, l’envahissement des parties molles, la relation avec les ligaments croisés, le cartilage, les vaisseaux et les nerfs. Dans les synovites villonodulaires et les synovialosarcomes, l’IRM montre également la prolifération synoviale et l’éventuel envahissement de la graisse péri‑articulaire.

Pour le chirurgien orthopédiste, ces informations sont cruciales. Elles conditionnent la possibilité d’une chirurgie conservatrice avec reconstruction par prothèse ou greffe, ou au contraire la nécessité d’une amputation lorsqu’aucun plan de résection sain ne peut être respecté. L’IRM est donc un pivot du diagnostic mais aussi de la planification thérapeutique.

Scanner (CT-scan) du genou pour l’analyse corticale et la planification chirurgicale

Le scanner (CT-scan) complète l’IRM en offrant une excellente analyse de la corticale osseuse, des zones de calcification et des destructions complexes. Dans le cancer du genou, il est particulièrement utile pour les chondrosarcomes juxta-articulaires, les ostéosarcomes avec atteinte corticale majeure et les tumeurs à cellules géantes. Il aide le chirurgien à définir les marges de résection et à anticiper la reconstruction.

Par ailleurs, le scanner thoracique est systématique dans le bilan d’extension des sarcomes osseux, car les poumons sont la première localisation métastatique dans 30 à 75 % des cas selon les séries. Un scanner normal au diagnostic améliore significativement le pronostic global.

Tep-scan au 18F-FDG et scintigraphie osseuse pour le bilan d’extension métastatique

Le TEP‑scan au 18F‑FDG et la scintigraphie osseuse sont des examens de médecine nucléaire utilisés pour le bilan d’extension des cancers du genou. La scintigraphie osseuse détecte les atteintes multiples du squelette, les métastases ou les tumeurs synchrones. Le TEP‑scan cartographie l’activité métabolique de la tumeur et de ses métastases, et peut parfois révéler des localisations infracliniques.

Ces examens sont particulièrement utiles dans les ostéosarcomes et les sarcomes d’Ewing, où 10 à 20 % des patients présentent des métastases dès le diagnostic. Ils contribuent à la stadification, au choix de l’intensité de la chimiothérapie et à l’indication d’une chirurgie des métastases pulmonaires ou osseuses.

Échographie du genou pour l’étude des masses des parties molles et épanchements synoviaux

L’échographie du genou n’est pas l’examen principal pour les tumeurs osseuses, mais elle garde un intérêt pour les masses des parties molles et les épanchements synoviaux. Elle permet de visualiser une masse solide, kystique ou mixte, d’évaluer sa vascularisation par Doppler, et de guider des ponctions d’épanchement ou des biopsies superficielles. Dans les synovites villonodulaires pigmentées ou certaines tumeurs synoviales, l’échographie peut être le premier examen anormal, incitant ensuite à réaliser une IRM plus complète.

Devant toute masse du genou d’évolution progressive, même appréciée d’abord en échographie, la réalisation d’une IRM et d’une radiographie reste indispensable avant de conclure à une lésion bénigne.

Biopsie et confirmation histologique : étape clé du diagnostic de cancer du genou

Aucune prise en charge de cancer du genou ne doit débuter sans confirmation histologique. La biopsie, qu’elle soit percutanée ou chirurgicale, fournit un prélèvement qui sera analysé par un anatomopathologiste spécialisé. Ce temps, parfois vécu comme une attente anxiogène, conditionne pourtant la qualité du traitement : type précis de tumeur, grade de malignité, marqueurs immunohistochimiques et altérations génétiques orientent le choix de la chimiothérapie, de la radiothérapie et des marges chirurgicales.

Biopsie osseuse percutanée guidée par scanner : technique, trajectoire et risques

La biopsie osseuse percutanée, le plus souvent guidée par scanner, est aujourd’hui privilégiée pour les tumeurs du genou. Sous anesthésie locale ou générale selon l’âge et la localisation, une aiguille de biopsie est introduite par un trajet soigneusement planifié, qui devra être inclus dans la future zone de résection chirurgicale. Cet aspect est capital pour ne pas disséminer les cellules tumorales dans des compartiments qu’il serait ensuite difficile d’enlever.

Les risques de la procédure (infection, hématome, fracture) restent faibles lorsqu’elle est pratiquée dans un centre expert. En général, plusieurs carottes osseuses ou fragments de tissus sont prélevés afin d’optimiser l’analyse anatomopathologique et moléculaire.

Analyse anatomopathologique : grading histologique (FNCLCC) et marqueurs immunohistochimiques

Au laboratoire, le pathologiste examine les prélèvements au microscope, réalise des colorations spéciales et des analyses immunohistochimiques. Le grading histologique (souvent selon la classification FNCLCC) repose sur le degré de différenciation, l’index mitotique et la nécrose tumorale. Un grade élevé correspond à un potentiel métastatique plus important. Des marqueurs spécifiques, comme la détection de translocations caractéristiques dans les sarcomes d’Ewing, affinent encore le diagnostic.

Dans les ostéosarcomes, l’analyse de la pièce opératoire après chimiothérapie néoadjuvante permet d’évaluer la réponse histologique (pourcentage de cellules tumorales nécrosées). Une bonne réponse, avec moins de 10 % de cellules viables, est associée à un taux de survie à cinq ans pouvant dépasser 90 % dans certaines séries, ce qui illustre l’impact majeur de cette étape diagnostique.

Rôle du pathologiste spécialisé en sarcomes osseux et tumeurs des tissus mous

Les sarcomes osseux et des tissus mous du genou sont rares et complexes. L’expérience du pathologiste conditionne donc la fiabilité du diagnostic. Dans les réseaux spécialisés, les biopsies sont systématiquement relues par un pathologiste expert en sarcomes, ce qui réduit le risque de confusion avec des lésions bénignes ou d’autres cancers (lymphomes, métastases d’un carcinome). Pour vous, cela peut signifier un délai supplémentaire de quelques jours, mais aussi la certitude d’un diagnostic précis avant d’engager un traitement lourd.

Cette expertise s’étend aujourd’hui à la biologie moléculaire, avec l’analyse de mutations, de fusions géniques ou de signatures d’expression. Ces données ouvrent la voie à des thérapies ciblées et à l’immunothérapie, déjà en cours d’évaluation dans les ostéosarcomes métastatiques et certains chondrosarcomes.

Diagnostic différentiel : infections ostéo-articulaires, ostéomyélite et lésions bénignes du genou

Plusieurs pathologies peuvent mimer un cancer du genou. Les infections ostéo‑articulaires (ostéomyélite, arthrite septique), les lésions bénignes comme les kystes osseux, les ostéochondromes, ou encore certaines nécroses osseuses, présentent parfois des images radiologiques trompeuses. Le diagnostic différentiel repose sur un faisceau d’arguments : contexte fébrile, biologie inflammatoire, évolution rapide, aspect radiologique et surtout analyse histologique.

Dans la pratique, il vaut mieux effectuer une biopsie qui reviendra bénigne que méconnaître un sarcome agressif. Les recommandations internationales insistent sur l’importance de réaliser cette biopsie dans un centre expert, afin d’éviter des trajets inadaptés qui compliqueraient ensuite la chirurgie et augmenteraient le risque de récidive locale.

Type de tumeur du genou Âge typique Survie à 5 ans (formes localisées)
Ostéosarcome autour du genou 10-25 ans 60-80 %
Sarcome d’Ewing péri-articulaire 10-20 ans ≈ 70 %
Chondrosarcome juxta-articulaire 30-50 ans Jusqu’à 80 % (bas grade)
Synovialosarcome du genou 15-45 ans ≈ 55 % (tous stades confondus)

Stadification, classifications et parcours de soins en centre expert sarcomes

Une fois le diagnostic confirmé, la stadification du cancer du genou permet de définir l’extension locale et à distance, et donc le pronostic. Les classifications tiennent compte de la taille de la tumeur (< 5 cm ou > 5 cm), du grade histologique, de la présence ou non de métastases pulmonaires ou osseuses, et du type histologique. Par exemple, pour les tumeurs de grade II‑III, les taux de survie à 5 ans varient de 36 à 76 %, et chutent à 20‑30 % pour les formes peu différenciées ou de grande taille.

Le parcours de soins optimal passe par un centre expert des sarcomes, où chaque cas est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP). Chirurgiens orthopédistes spécialisés, oncologues médicaux, radiothérapeutes, radiologues, pathologistes, mais aussi rééducateurs et psychologues construisent ensemble une stratégie personnalisée. Pour vous, cela signifie bénéficier des protocoles thérapeutiques les plus récents (polychimiothérapie, reconstruction osseuse sophistiquée, radiothérapie de précision, immunothérapie en essai clinique) et d’un suivi structuré à long terme.

Ce suivi à distance demeure essentiel, car le risque de récidive locale peut atteindre 20 à 40 % selon le type de sarcome, et celui de métastases 40 à 70 % dans certaines séries, en particulier pour les synovialosarcomes et les ostéosarcomes de haut grade. Des contrôles cliniques réguliers, associés à une imagerie thoracique et locale, permettent de détecter tôt une rechute potentiellement curable, ou au minimum de proposer des traitements visant à prolonger la survie et à préserver la qualité de vie, notamment la mobilité du genou et l’autonomie fonctionnelle.